30km depuis dernière ville. 10 avant la prochaine. Fort vent de face. Plus d'eau.
Et soudain, une oasis, une station-services. Au sens propre. Où 2 femmes droites comme des gitanes s'accrochent chacune de chaque côté d'une existence que 40 ans espacent.
Est-ce parce que ce temps les dépasse qu'elles accueillent les soldats abîmés de cette industrie agraire. Agriculture de guerre.
Née des décombres de 14/18, et des trop-plein de l'armement chimique.
Les sulfateuses arrosent des vergers plantés comme des bataillons.
Des champs, des champs. Des champs d'horreur.
Un régiment d'orangers alignés sans une branche qui dépasse, suivi d'un autre de vigne sous plastique, et d'un autre de nectarines, d'abricots ou d'olives.
Dont les munitions font la démunition.
Ces vergers dont les fruits ne connaîtront jamais la maturité.
Sur des kilomètres, parsemés de quelques pavillons d'officiers agricoles et leur entrepôt de munitions par sacs de 200kilos.
Phosphates, sulfates, glyphosate mitraillés à la hâte.
Insecticides, pesticides, écocides, génocides.
Bayer, Monsanto, Pioneer, criminels de guerres.
Et ces gueules cassées, victimes autant que coupables, qu'on croirait sortis d'un album post 1918 et qui raconte Verdun ou le Chemin des dames.
Mêmes armes, mêmes effets.
Des gueules rougies, défoncées avant d'avoir 30 ans. Des éborgnés, des dents déchaussées, des tumeurs à fleur de peau. À planter des fleurs, tu meurs.
Et pour soulager tous ces soldats, ces 2 femmes superbes. Elles portent jean et chemise coupée, je jurerais qu'elles flottent en robes à volant, échappées d'un fandango.
Elles me rappellent la dernière scène de Il était une fois dans l'Ouest où Claudia Cardinale vient offrir un seau d'eau aux ouvriers qui construisent le chemin de fer.
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