dimanche 25 juin 2017
Exotisme véhiculaire
Ombre et compagnies
Je suis plutôt évolutionniste que créationniste, mais la mouche arriverait à me faire douter. De quelle dégénérescence du vivant peut-elle être l'évolution ?
La mouche a été créée pour importuner l'humain, j'en veux pour preuve que de toutes celles qui volettent autour d'un troupeau, les plus nombreuses sont autour du berger.
samedi 24 juin 2017
Olympisme ordurier
Peau lisse, peau lasse.
Police et PAF
Retour à l'envoyeur
Holy motors, priez pour nous
Depuis mon départ à chaque fois que j'annonce ma destination, les retours sont les mêmes :
"Mais tu n'as pas peur ? Des terroristes ? De rencontrer des fanatiques ?"
Mais tous les jours j'en croise !
Par milliers. Dans leurs armures d'acier.
Ils filent comme des balles à 8 cm de mon épaule gauche.
Leurs klaxons m'explosent les tympans comme des obus.
Cent fois par jour j'ai peur de ces dingues.
De cette folie si coutumière, si ordinaire qu'elle en est devenue norme. Et que celui ou celle qui tente de s'en extraire devient le fou.
Bienvenue au grand bal des klaxons. Si jamais l'un d'eux s'arrêtait, là je pourrais le devenir et il entendrait mes claques sonner et résonner au revers de son crâne.
J'ai peur du terrorisme pétrolique plus que de tout autre. De ces dégénérés sur 4 roues qui hurlent vers la mort "Fina uh akber".
Ave Exxon qui êtes aux cieux.
La nouvelle religion monothéiste qui sanctifie le profit comme L'Unique a comme premier apôtre, le pétrole.
Huile de roche mon amour, en ton nom chaque jour, combien de sacrifiés, de portion de planète brûlées ?
Petite mise au point, sans rien chercher à excuser ni à minimiser le drame subi par ces victimes :
En France en 45 ans de terrorisme boumboum, le terrorisme officiel, 435 victimes (source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/). 2015, année faste, 175 morts.
En France, rien qu'en 2016, le terrorisme pétromobile a tué 3469 personnes (source :http://mobile.lemonde.fr/securite-routiere/article/2017/01/23/le-nombre-de-morts-sur-les-routes-en-legere-hausse-de-0-2-en-2016_5067697_1655513.html) . Et je ne parle pas des centaines de cadavres de hérissons, chiens, chats, oiseaux ou serpents que je vois chaque jour et qui ne sont pas comptabilisés.
Ni même des estropiés à vie, mutilés, comateux perpétuels ou légumisés.
Dans le monde, en 2014, année faste du terrorisme boumboum, 43000 victimes décédées. (Source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/)
Cette même année, le terrorisme routier a tué 1,3 millions de victimes (souce : https://www.planetoscope.com/mortalite/1270-mortalite---morts-d-accidents-de-la-route-dans-le-monde.html)
La majorité des attentats terroristes dans le monde est imputé à des organisations islamistes, qui trouvent leurs financements principalement des revenus du pétrole.
Est-ce que ça vaut bien de faire pendant des jours du matin au soir la une de tous les journaux, papiers, télévisés, radiophoniques pour des faits "anecdotiques" qui toute proportion gardée devraient se situer juste après les cours de la bourse, puisqu'on lui accorde tant d'importance, on en verrait mieux les implications, juxtaposés.
Est-ce que ça vaut plus que de mettre en avant les drames ordinaires ?
En France un agriculteur se suicide tous les 2 jours, pourquoi ?
Est-ce que quand on aime son métier, la terre que tous les jours on foule, on ne supporte plus de la voir malmenée, par soi-même au prétexte que crédit agricole et consorts t'ont fait croire que le poison pétrochimique est rentable ?
Et que quand on a mis un doigt dans l'engrenage et qu'on y est jusqu'à l'épaule on ne trouve plus pour s'en extraire d'autre acte de bravoure insensée que de se sacrifier ?
En France en 2014 ( source : http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2016/01/29/les-violences-faites-aux-femmes-en-chiffres_4856289_3224.html) 134 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints. Passée la décharge émotionnelle du "bouh, c'est pas bien !", pourquoi ?
Comment en vient-on à expulser une colère sourde sur la personne vulnérable la plus proche de soi ?
D'où naît cette colère ?
Comment en France, en 2017, dans un pays qui fait circuler les gens à 100, 200, 515, 900 km/h, en envoie d'autres dans l'espace, fait circuler des informations à des vitesses proches de la lumière, peut-on avoir des gens dont la colère ne trouve d'exutoire que dans la violence domestique ou la furie pétromobile ?
Et l'on s'en va le dimanche en famille, entre amis, tuer la pacotille.
Pourquoi les médias accentuent le drame islamiste et taisent quasiment le drame ordinaire ou l'attentat pétroliste ?
Quand viendra le Nüremberg du pétrole, et que sera enfin qualifié cet écocide, ce crime contre la planète, les complices ordinaires ne pourront plus dire "mais tout ce que j'ai fait c'est de faire le plein pour aller travailler" ni même "mais je ne savais pas que mes gaz d'échappement tuaient autant"
Et j'espère qu'un jour des groupes scolaires visiteront des stations-service comme on visite Auschwitz ou Buchenwald.
Qu'on parlera d'une plateforme pétrolière en baissant les yeux de honte comme on parle du vél-d'hiv.
Qu'on dira traite de l'or noir comme l'abjection qu'elle est.
jeudi 22 juin 2017
Un con prête attention
Je ne comprends pas.
Je n'comprends pas les principes de transports internationaux.
Je ne comprends pas que pour envoyer un petit colis d'Istanbul en France en mode "économique" qui va prendre 3 à 4 semaines coûte 22€ quand on peut recevoir 3 jours après l'avoir commandé un gros paquet du bout du monde sans frais de port.
Que ce même paquet allégé de moitié, coûte depuis Bari, 4 fois plus cher.
Je ne comprends pas que le cadre de mon vélo acheté aux états-unis 500€ sans frais de port, coûte, vélo complet 900€ pour le rapatrier de Chypre en France. Chypre où toutes les compagnies du monde surtout des transsss-ports sont basées. Que de ce même Chypre après avoir fait rire la compagnie à démonter ce vélo pour le faire rentrer dans le ridicule carton d'envoi, après que le chef d'agence soit venu tout compréhensif parce que lui aussi fait du vélo, ce même transport passe de 900 à 400€.
Je sais que dans le jargon du commerce je suis ce con, ce qu'on peut appeler une bonne poire.
Niveau marchandage je suis plus mauvais qu'une endive.
Je sais que je suis un imbécile mais quand même, je ne comprends pas qu'un fruit qui ait poussé dans le sud de l'Espagne avec des produits de Suisse ou d'Allemagne depuis des phosphates du Pacifique sud, qu'il soit allé se faire conditionner en Autriche, parti dans un centre de gros à Turin et détaillé dans un marché "d'intérêt national" en France arrive sur l'étal du commerçant 2 fois moins cher que celui qui a poussé quasiment dans son jardin.
Je ne comprends pas pourquoi ces produits médiocres, polluants et manifacturés à bas coût par des ouvriers du sud-est asiatique, ont le droit de traverser 20 000 frontières et sont accueillis à grande joie, quand ces mêmes ouvriers n'ont pas le droit d'en franchir une. De frontière. Et quand ils y arrivent, clandestins, l'accueil est plutôt aigre.
Je ne comprends pas et j'aime bien comprendre... Pour ne pas m'apercevoir que de ces chaînes de bouh, de baaah, de pas bien. Des massacres de Syriens aux génocides des ours polaires. Que de cette chaîne, j'en suis un des maillons.
Et que j'aime bien comprendre pour éroder mon maillon.
Et que peut-être, maillon après maillon, une chaîne se défait....
mardi 20 juin 2017
Ecole à Godot
En Macédoine j'ai demandé plusieurs fois s'il y avait école tant je voyais de gamins à toute heure dans les rues.
À chaque fois la même péripétie pour distinguer l'école" bâtiment " de l'école "enseignement ".
Mon Allemand est au moins aussi médiocre que le leur, et nos 2 médiocrités ont bien du mal à s'accorder, l'Anglais leur est inconnu.
Mais à chaque fois on me répondait que si, si il y a une école, pas dans cette rue mais "là-haut" ou "là-bas".
"Non ce n'est pas les vacances"
Je soupçonne que l'école en Macédoine soit comme l'Islam en Albanie : on y croit, on en entretient les bâtiments, mais personne n'y entre.
lundi 5 juin 2017
Apatride
Loup
J'ai vu un loup.
Pour la première fois de ma vie.
Oh bien sûr il n'avait pas le standing d'un T-shirt de Johnny ou l'aérographe d'un camionneur, cou tendu vers le clair de lune sur la pointe d'un rocher.
Il était même un peu miteux et faisait presque pitié quand je l'ai aperçu au détour d'un virage.
Mais sans pouvoir dire trop pourquoi, presque aussitôt je me suis dit "tiens, un loup" en effaçant aussi vite cette pensée absurde, que je puisse en voir un, surtout d'aussi près.
Il faisait d'autant plus pitié qu'il rognait sur le bord de la route les restes d'une boite de pâté oubliée d'un pique-nique.
Ça me file toujours une pointe au coeur chaque fois que je vois un animal rogné les déchets d'humain à part les poules et les cochons qui sont prévus pour. Un animal sauvage encore plus.
Je me suis arrêté en face, de l'autre côté de la route mais au plus près. Avec ressurgie la pensée qui déroulait d'indices que c'était bien un loup.
Il était grand comme un gros husky. Maigrichon. Le poil hirsute sur les flancs et la queue bien gonflée.
Je suis resté le regarder un moment.
Il m'a lancé 2/3 regards. Ce qu'on appelle LANCER un regard.
Et quel regard.
Là plus aucun doute c'est bien un loup.
C'est pas tant dans la couleur des yeux, déjà incroyable, un bleu intense comme si de la lumière lui sortait des orbites. C'est plus dans l'intensité, la profondeur insondable à décimer toutes les sagesses domestiques. Décimer dans le sens faire descendre de leurs cîmes, de leur piédestal.
J'en avais vu un autre presque aussi puissant, à Librazhd, en Albanie, ville qui m'a filé la nausée. Une femme, sosie d'une sorcière de Disney, menton plus long que le nez, verrue, fichu sur la tête, voûtée, avec comme canne un bâton noueux. Elle est venue me mendier quelques pièces, je lui aurais bien donné 2 ou 300 leks, rien que pour l'intensité bleue de son regard, mais je n'avais en poche qu'un billet de 2000 et je suis à peu près sûr qu'elle ne m'aurait pas rendu la monnaie.
Bref, j'ai vu un loup.
Un loup mendiant, avec le même regard que cette femme, mendiant.
Choisir son départ
Albanie 7
J'agglutine à l'Anglais qui me paraît international à l'Italien que plus connaissent. Et je saupoudre les manques de quelques mots français dont je me surprend après l'avoir dit d'en avoir alangui les r en l et arrondi les u en ou. Comme si, malgré moi, j'avais fécondé ma langue maternelle avec la patrie de mes interlocuteurs, pour accoucher d'un espéranto improvisé.
De la France, je m'étonne des villes qu'ils en connaissent : Montélimar, Monte-pellier, Larochelle, Vitré ou bien Salons-de-Provence parce qu'ils y ont un temps travaillé. Eux ou un frère, un fils ou un cousin, jamais une femme. Certains Ma(r)seille dont ils connaissent le vélodrome d'un Albanie-France de 2016.
Ils m'en citent quelques illustres : Victor Hugo ou Ho-noré-de-Bal-zac dont les syllabes sont énumérées comme les plats d'un grand restaurant. Et partout ils en connaissent les légendes de par l'écran vert d'une retransmission télévisée : Platini, Zidane ou Thierry Henry, que des fils d'immigrés.
vendredi 2 juin 2017
Albanie 6
Albanie 5
Albanie 4
La maison classique en Albanie se construit ainsi :
Dès qu'on a réuni 3 sous, on en construit la structure, au moins celle du rez-de-chaussée. Des piliers de béton armé qui en dessinent les arêtes, une chape par étage. Et on laisse dépasser les treillis métalliques pour des possibles extensions.
Ensuite on peut laisser le chantier dans une latence qu'on croirait abandonné si ce vide abrité n'était occupé par quelques moissons à sécher ou des meules de chaumes de maïs et quelques poules, dindons, mulets.
Dès qu'on a réuni 3 sous de plus, on comble les vides entre les arêtes par des rangées de brique qui forment murs pour peu qu'elles arrivent jusqu'au plafond.
Arrive ensuite, avec 5/6 payes de plus, le temps des ouvertures. Portes, fenêtres, étage par étage qui peuvent être fermés sur plusieurs âges.
Quand un espace est fermé, alors on peut l'occuper. On y plante quelques baquets qui feront office de salle de bains, une cuisine et un lit.
Alors vient le temps des revêtements intérieurs. Ça aura pu coûter 10 années de sueur, mais là, faut que ça brille :
Escaliers, marches et contremarches, en marbre poli orange et noir. Rampes en laiton ou chrome.
Dalles de sol en marbre blanc d'un mètre de côté, qui reflètent comme un miroir.
Canapé en velours de 4 mètres garni de coussins moëlleux pour manger autour de la télé constamment allumée, que quelqu'un soit dans la maison ou pas.
Éventuellement on a pris soin de mettre un toit si jamais on est sûrs que la famille est complet, sinon la dernière dalle de laquelle dépasse les treillis et amorces de béton en fera bien office le temps que les enfants en aient à leur tour.
Et surtout, surtout, plantés sur les toits ou en suspension de lui, le rempart contre le mauvais oeil, dont j'ai oublié le nom.
Pour les traditionnels un épouvantail de 2 manches en croix, garnis de frusques qui font semblant d'être un tronc à quatre membres au sommet duquel on a garni une boule de chiffons d'un nez et surtout 2 yeux qui disent : quelqu'un est là et vous surveille.
Les plus contemporains sont une peluche de Winnie l'ourson, Dora l'exploratrice ou peu importe qui d'autres, du moment que ça ait une vague forme humaine et surtout 2 yeux.
Les Italiens ont remplacé ce folklore par des caméras de surveillance qui sont de la même supercherie puisque vraisemblablement personne ne passe sa journée et encore moins ses nuits à en regarder l'écran.
À croire que les regards bienveillants de leurs saintes icônes partout présentes ne leur suffisent plus.
Albanie 3
Albanie 1
Les jeunes me regardent de travers, ils ne comprennent pas ce que je viens faire ici, eux qui de leur sous-marin, se croient minuscules et ne voient de leur périscope télévisuel que l'Europe majuscule qu'ils rêvent d'atteindre. Si je suis là, c'est donc, pour une obscure raison dans ce pays qui sent la mafia prospère et la corruption.
Les poignées de mains, rares, sont des 2 dernières phalanges effleurées du bout du pouce, hâtives et presque forcées. Tandis qu'en Italie, spécialement en Sicile, la poigne est franche, de toute la paume longtemps serrée et soutenue par l'autre main qui vient tâter l'avant-bras, le biceps voire l'épaule. Les vieux ont le regard plus doux, bien qu'au moins un oeil sur deux soit pourri (trachome ?)
Je pousse souvent mon vélo, non que la pente soit dure, c'est juste que ces routes que les cartes albanaises (tout comme google maps) disent carrossables, ressemblent plus à un lit de torrent saupoudré de poussière. Y pédaler me ruine les bras, les fesses et tout l'accastillage de ma monture. Par carrossable, s'entend suffisamment large pour y faire passer plus qu'un âne, ça ne tient pas compte du revêtement. Le cartographe qui en a relevé les reliefs devait être celui de l'empire Ottoman, les routes ont l'air de dater de cette époque, et n'ont depuis jamais été entretenues.
Depuis 2km je joue à chat avec un paysan qui ramène sa vache à la maison. Car ici l'agriculture est encore tout ce qu'il y a de vivrière, les troupeaux se comptent sur les doigts d'une seule main à laquelle on en aurait amputé 2. Les récoltes et labours se font, hors quelques exceptions à la main, pliés en angle aigu au niveau des reins. Ce que je pensais être le sillon d'un vélo qui m'aurait précédé s'est révélé être celui de la corde de sa vache qui n'est prise en main que pour relancer l'animal qui sinon connaît la route par coeur. Il me dépasse dans les montées, je le dépasse dans les descentes. Nous n'échangeons que quelques signes de main et expressions de visage, n'ayant trouvé de langage commun. Presque à chacun de ses dépassements il sort son déjà antique téléphone mobile qui jamais ne sonne et hurle 2/3 mots dedans avant de raccrocher. Des mots sans écho juste pour me donner l'illusion d'une modernité, ou pour s'épargner la corvée de me parler, car j'ai vite fait de constater avec le mien qu'il n'y a pas de réseau.
Des ponts de quelques madriers bouffés en équilibre précaire sur quelques IPN rouillés, il en reste toujours un bon tiers suffisant pour y jouer les funambules. Les quelques voitures et engins qui passent par là préfèrent le gué, un peu amont ou un peu aval.
jeudi 1 juin 2017
Albanie 2
Les abords des routes en Albanie sont superbes. On est obligé de s'arrêter pour les contempler, la route en elle-même on ne peut la quitter des yeux, au risque d'y perdre quelques rayons voire la roue entière, les 2 manivelles à l'horizontale pour ne pas y tordre une pédale dans une ornière de rocailles ou éviter la glissade sur un dévers de poussière et d'y finir dans le ravin.
On y trouve des érables gigantesques et tortueux, des fleurs par centaines, des oliviers sauvages et des horizons multiples, verts, vallonnés, vibrants. On y croise des tortues, des fouines et surtout des ânes.
Quel bel animal que l'âne. Je ne sais pas s'il en existe de moche, des animaux, mais l'âne est parmi tous ceux qu'on dit domestiques celui qui a ma préférence. Malicieux, capricieux, courageux.
Si j'avais à choisir un compagnon, j'aimerais que ce soit un âne.
Pour un prochain voyage, si ce n'est en cabotant dans un voilier, je pense que j'irais à pied, un âne à mes côtés portant mon bagage et imposant le train comme les haltes.
Peut-être qu'il faut être allé au-delà du supportable du progrès pour apprécier ce voyage en amnésie