dimanche 25 juin 2017

Exotisme véhiculaire




De tous les véhicules que j'ai croisé dans les pays que j'ai pu traverser, je dirais que la palme de l'ingéniosité revient aux Albanais. 
Avec des greffons soudés de morceaux à priori incompatibles, ils te font des engins avec l'avant d'un motoculteur, 2 fauteuils de 4L et un cul de charette ou de tricycle. Avec 2 scooters délabrés et une brouette ils te font une camionnette. 
Et la palme du chargement revient aux Turcs. 
À part à Istanbul, je n'ai pas vu une voiture avec une seule personne à bord, ou alors c'est que la cargaison ne laisse pas de place humaine, et encore.... toi en tant qu'Européen, tu crois qu'il n'y a plus de place... y'en a toujours assez. 
Aujourd'hui j'ai vu une peugeot 309 avec 11 personnes à bord dont 4 adultes. 
À l'avant, sur 2 sièges, on peut facilement en caser 5. 2 par fauteuil, dont un gamin entre les cuisses du pilote, plus un 5e sur le frein à main. Et à l'arrière en superposant, on en cale aisément 6. Peut-être même qu'il y en avait un ou deux dans le coffre ?

Ombre et compagnies


Sur ces plateaux d'Anatolie centrale, l'ombre est rare. 
Et en juin, pas question de compter sur le ciel comme salut, pas un nuage pour égayer ce bleu immaculé. 
Qui dit ombre, dit arbre, et il en est bien peu pour amener quelque verticalité dans ces horizons courbes de blés qui font vibrer l'air au-dessus d'eux. 

Je quête les bosquets, de peupliers ou saules, chacun avec son inconvénient. 
Le peuplier est si fusiforme qu'il a peine à retenir ce soleil vertical. 
Le saule est plus étoffé mais sous la chaleur transpire autant que moi, d'une sève poisseuse. 

Qui dit arbre, dit eau, qui rajoute un peu de fraîcheur, et qui dit eau, dit troupeaux. 
Et cette ombre précieuse, aux heures les plus chaudes de la journée, c'est-à-dire de 7h à 23h, qu'on réduit de 13h à 17h, histoire de pouvoir faire quelque chose, il faut souvent la partager. 

L'âne est, encore une fois le plus commode de tous, même s'il est tellement malicieux que quand le sommeil arrive, il a tôt fait de te mordiller l'orteil ou t'ôter ton chapeau. 

Les vaches, passent encore, un peu farouches au début, elles s'enhardissent de ton silence et viennent te souffler de leur gros mufle une énorme bouffée d'air chaud et humide pour t'humer dans un grondement guttural, allant parfois jusqu'à oser la léchouille. 

Les oies nécessitent un peu de diplomatie auprès du jars si elles sont déjà sur place, si tu es le premier, c'est elles qui arrivent à petits pas. Tout comme pour les dindons, un peu bruyants, on doit se faire à leur fientage sans retenue. 

Mais le plus désagréable, le seul qui peut me faire changer d'ombrage, c'est le troupeau de mouton. L'odeur de suif, c'est tenace. Et encore quand ils viennent d'être tondus, le suif frais passe à peu près, mais quand ils trainent 8 mois de suint, l'odeur m'écœure. 

Et les troupeaux ne sont pas le pire, ce sont leurs compagnes, les mouches. 
Je défie quiconque d'arriver à faire une sieste, avec ne serait-ce qu'une seule mouche, dont les refuges favoris sont les narines et les oreilles et qui a comme sournois plaisir ultime celui de venir te suçoter le coin de l'œil. 



Je suis plutôt évolutionniste que créationniste, mais la mouche arriverait à me faire douter. De quelle dégénérescence du vivant peut-elle être l'évolution ?





La mouche a été créée pour importuner l'humain, j'en veux pour preuve que de toutes celles qui volettent autour d'un troupeau, les plus nombreuses sont autour du berger.

J'aimerais un jour avoir ce qu'il faut de pugnacité, de sérénité, de placidité ( je ne sais pas ce qu'il faut tant j'en suis loin) pour arriver à sommeiller en accueillant une mouche dans ma narine. 
De mon vivant. 

samedi 24 juin 2017

Olympisme ordurier


Bord de route
Vallée fruitière de guerre agraire 
Bidonvilles de matières humaines échouées
2 chaises vides, pick-ups trémoussant
Une occupée
Elle s'offre en proie, n'ayant rien d'autre à troquer
À ces hommes mieux placés et qui ont faim
Faim d'une femme comme d'une poule un chien abandonné que l'hiver affame. 
Chien sans maître. 
Sang, sang disent....
110 mètres, hey ! 
10 fois sautées. 
Mais dalle d'argent. 
Seconde pelasse. 
Peau lisse, peau lasse. 
Police et PAF
Retour à l'envoyeur 
On jouit aux limbes. 
Hic !
5 anneaux enlacés, esclaves en bracelets. 
Aux bras si laids. 
Pas un à se mettre au doigt. 
A l'annulaire
L'anus à l'air
Et embrasse-les

Holy motors, priez pour nous

Depuis mon départ à chaque fois que j'annonce ma destination, les retours sont les mêmes :

"Mais tu n'as pas peur ? Des terroristes ? De rencontrer des fanatiques ?"

Mais tous les jours j'en croise !

Par milliers. Dans leurs armures d'acier. 

Ils filent comme des balles à 8 cm de mon épaule gauche. 

Leurs klaxons m'explosent les tympans comme des obus. 

Cent fois par jour j'ai peur de ces dingues. 

De cette folie si coutumière, si ordinaire qu'elle en est devenue norme. Et que celui ou celle qui tente de s'en extraire devient le fou. 

Bienvenue au grand bal des klaxons. Si jamais l'un d'eux s'arrêtait, là je pourrais le devenir et il entendrait mes claques sonner et résonner au revers de son crâne. 

J'ai peur du terrorisme pétrolique plus que de tout autre. De ces dégénérés sur 4 roues qui hurlent vers la mort "Fina uh akber". 

Ave Exxon qui êtes aux cieux. 

La nouvelle religion monothéiste qui sanctifie le profit comme L'Unique a comme premier apôtre, le pétrole. 

Huile de roche mon amour, en ton nom chaque jour, combien de sacrifiés, de portion de planète brûlées ?


Petite mise au point, sans rien chercher à excuser ni à minimiser le drame subi par ces victimes : 

En France en 45 ans de terrorisme boumboum, le terrorisme officiel, 435 victimes (source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/). 2015, année faste, 175 morts. 

En France, rien qu'en 2016, le terrorisme pétromobile a tué 3469 personnes (source :http://mobile.lemonde.fr/securite-routiere/article/2017/01/23/le-nombre-de-morts-sur-les-routes-en-legere-hausse-de-0-2-en-2016_5067697_1655513.html) . Et je ne parle pas des centaines de cadavres de hérissons, chiens, chats, oiseaux ou serpents que je vois chaque jour et qui ne sont pas comptabilisés. 

Ni même des estropiés à vie, mutilés, comateux perpétuels ou légumisés.  


Dans le monde, en 2014, année faste du terrorisme boumboum, 43000 victimes décédées. (Source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/)

Cette même année, le terrorisme routier a tué 1,3 millions de victimes (souce : https://www.planetoscope.com/mortalite/1270-mortalite---morts-d-accidents-de-la-route-dans-le-monde.html)


La majorité des attentats terroristes dans le monde est imputé à des organisations islamistes, qui trouvent leurs financements principalement des revenus du pétrole. 


Est-ce que ça vaut bien de faire pendant des jours du matin au soir la une de tous les journaux, papiers, télévisés, radiophoniques pour des faits "anecdotiques" qui toute proportion gardée devraient se situer juste après les cours de la bourse, puisqu'on lui accorde tant d'importance, on en verrait mieux les implications, juxtaposés. 


Est-ce que ça vaut plus que de mettre en avant les drames ordinaires ?

En France un agriculteur se suicide tous les 2 jours, pourquoi ? 

Est-ce que quand on aime son métier, la terre que tous les jours on foule, on ne supporte plus de la voir malmenée, par soi-même au prétexte que crédit agricole et consorts t'ont fait croire que le poison pétrochimique est rentable ? 

Et que quand on a mis un doigt dans l'engrenage et qu'on y est jusqu'à l'épaule on ne trouve plus pour s'en extraire d'autre acte de bravoure insensée que de se sacrifier ?


En France en 2014 ( source : http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2016/01/29/les-violences-faites-aux-femmes-en-chiffres_4856289_3224.html) 134 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints. Passée la décharge émotionnelle du "bouh, c'est pas bien !", pourquoi ?

Comment en vient-on à expulser une colère sourde sur la personne vulnérable la plus proche de soi ? 

D'où naît cette colère ? 

Comment en France, en 2017, dans un pays qui fait circuler les gens à 100, 200, 515, 900 km/h, en envoie d'autres dans l'espace, fait circuler des informations à des vitesses proches de la lumière, peut-on avoir des gens dont la colère ne trouve d'exutoire que dans la violence domestique ou la furie pétromobile ?

Et l'on s'en va le dimanche en famille, entre amis, tuer la pacotille. 


Pourquoi les médias accentuent le drame islamiste et taisent quasiment le drame ordinaire ou l'attentat pétroliste ?


Quand viendra le Nüremberg du pétrole, et que sera enfin qualifié cet écocide, ce crime contre la planète, les complices ordinaires ne pourront plus dire "mais tout ce que j'ai fait c'est de faire le plein pour aller travailler" ni même "mais je ne savais pas que mes gaz d'échappement tuaient autant"

Et j'espère qu'un jour des groupes scolaires visiteront des stations-service comme on visite Auschwitz ou Buchenwald. 

Qu'on parlera d'une plateforme pétrolière en baissant les yeux de honte comme on parle du vél-d'hiv. 

Qu'on dira traite de l'or noir comme l'abjection qu'elle est. 

jeudi 22 juin 2017

Un con prête attention

Je ne comprends pas. 

Je n'comprends pas les principes de transports internationaux. 

Je ne comprends pas que pour envoyer un petit colis d'Istanbul en France en mode "économique" qui va prendre 3 à 4 semaines coûte 22€ quand on peut recevoir 3 jours après l'avoir commandé un gros paquet du bout du monde sans frais de port. 

Que ce même paquet allégé de moitié, coûte depuis Bari, 4 fois plus cher. 

Je ne comprends pas que le cadre de mon vélo acheté aux états-unis 500€ sans frais de port, coûte, vélo complet 900€ pour le rapatrier de Chypre en France. Chypre où toutes les compagnies du monde surtout des transsss-ports sont basées. Que de ce même Chypre après avoir fait rire la compagnie à démonter ce vélo pour le faire rentrer dans le ridicule carton d'envoi, après que le chef d'agence soit venu tout compréhensif parce que lui aussi fait du vélo, ce même transport passe de 900 à 400€. 

Je sais que dans le jargon du commerce je suis ce con, ce qu'on peut appeler une bonne poire. 

Niveau marchandage je suis plus mauvais qu'une endive. 

Je sais que je suis un imbécile mais quand même, je ne comprends pas qu'un fruit qui ait poussé dans le sud de l'Espagne avec des produits de Suisse ou d'Allemagne depuis des phosphates du Pacifique sud, qu'il soit allé se faire conditionner en Autriche, parti dans un centre de gros à Turin et détaillé dans un marché "d'intérêt national" en France arrive sur l'étal du commerçant 2 fois moins cher que celui qui a poussé quasiment dans son jardin. 

Je ne comprends pas pourquoi ces produits médiocres, polluants et manifacturés à bas coût par des ouvriers du sud-est asiatique, ont le droit de traverser 20 000 frontières et sont accueillis à grande joie, quand ces mêmes ouvriers n'ont pas le droit d'en franchir une. De frontière. Et quand ils y arrivent, clandestins, l'accueil est plutôt aigre. 

Je ne comprends pas et j'aime bien comprendre... Pour ne pas m'apercevoir que de ces chaînes de bouh, de baaah, de pas bien. Des massacres de Syriens aux génocides des ours polaires. Que de cette chaîne, j'en suis un des maillons. 

Et que j'aime bien comprendre pour éroder mon maillon. 

Et que peut-être, maillon après maillon, une chaîne se défait....

mardi 20 juin 2017

Ecole à Godot

En Macédoine j'ai demandé plusieurs fois s'il y avait école tant je voyais de gamins à toute heure dans les rues. 

À chaque fois la même péripétie pour distinguer l'école" bâtiment " de l'école "enseignement ". 

Mon Allemand est au moins aussi médiocre que le leur, et nos 2 médiocrités ont bien du mal à s'accorder, l'Anglais leur est inconnu. 

Mais à chaque fois on me répondait que si, si il y a une école, pas dans cette rue mais "là-haut" ou "là-bas". 

"Non ce n'est pas les vacances"

Je soupçonne que l'école en Macédoine soit comme l'Islam en Albanie : on y croit, on en entretient les bâtiments, mais personne n'y entre. 

lundi 5 juin 2017

Apatride


En le traversant je me suis dit que j'aurais aimé dormir dans ce corridor vert d'à peine 1km qui sépare le poste frontière Albanais du Macédonien. 
Juste pour savoir ce que ça fait de passer une nuit sur terre dans aucun pays, sous aucun drapeau. 
Ni habitant, ni exilé, ni voyageur, touriste ou expatrié. 
Juste un Terrien. 

Loup

J'ai vu un loup. 

Pour la première fois de ma vie. 

Oh bien sûr il n'avait pas le standing d'un T-shirt de Johnny ou l'aérographe d'un camionneur, cou tendu vers le clair de lune sur la pointe d'un rocher. 

Il était même un peu miteux et faisait presque pitié quand je l'ai aperçu au détour d'un virage. 

Mais sans pouvoir dire trop pourquoi, presque aussitôt je me suis dit "tiens, un loup" en effaçant aussi vite cette pensée absurde, que je puisse en voir un, surtout d'aussi près. 

Il faisait d'autant plus pitié qu'il rognait sur le bord de la route les restes d'une boite de pâté oubliée d'un pique-nique. 

Ça me file toujours une pointe au coeur chaque fois que je vois un animal rogné les déchets d'humain à part les poules et les cochons qui sont prévus pour. Un animal sauvage encore plus. 

Je me suis arrêté en face, de l'autre côté de la route mais au plus près. Avec ressurgie la pensée qui déroulait d'indices que c'était bien un loup. 

Il était grand comme un gros husky. Maigrichon. Le poil hirsute sur les flancs et la queue bien gonflée. 

Je suis resté le regarder un moment. 

Il m'a lancé 2/3 regards. Ce qu'on appelle LANCER un regard. 

Et quel regard. 

Là plus aucun doute c'est bien un loup. 

C'est pas tant dans la couleur des yeux, déjà incroyable, un bleu intense comme si de la lumière lui sortait des orbites. C'est plus dans l'intensité, la profondeur insondable à décimer toutes les sagesses domestiques. Décimer dans le sens faire descendre de leurs cîmes, de leur piédestal. 

J'en avais vu un autre presque aussi puissant, à Librazhd, en Albanie, ville qui m'a filé la nausée. Une femme, sosie d'une sorcière de Disney, menton plus long que le nez, verrue, fichu sur la tête, voûtée, avec comme canne un bâton noueux. Elle est venue me mendier quelques pièces, je lui aurais bien donné 2 ou 300 leks, rien que pour l'intensité bleue de son regard, mais je n'avais en poche qu'un billet de 2000 et je suis à peu près sûr qu'elle ne m'aurait pas rendu la monnaie. 

Bref, j'ai vu un loup. 

Un loup mendiant, avec le même regard que cette femme, mendiant. 

Choisir son départ


Ce sont les 2 premiers pas les plus difficiles. 
Le premier car il faut aller vers l'inconnu, sortir de ses habitudes, d'un confort parfois devenu inconfort et qu'il est comme un fruit, pas évident à cueillir à matûrité. 
Parce qu'on se trouve toujours 100 raisons de le reporter, certaines en sont, des raisons, d'autres surtout des peurs qu'on n'ose regarder et des noeuds d'habitudes à défaire. 
Comme pour certains noeuds marins, c'est parfois en allant dans le sens qu'on n'entend pas qu'il faut amorcer pour les dénouer. 
Le second parce que la tentation du regard en arrière, fût-ce dans le rétro, est forte. Et que celui-ci est douloureux, qu'il crispe la gorge et noue les tripes. 
Surtout ne pas s'arrêter. 
Ne pas se retourner, ce n'est pas parce que l'on quitte qu'on oublie, sinon on reste figé, tiraillé entre un avant et un après sans être à maintenant. 
Ensuite c'est de l'élan. 
Non que ce soit toujours simple. 
Tu rencontreras tes propres peurs, de la tristesse voire du chagrin. 
Tu croiseras les regards suspicieux de ceux qui n'en comprennent pas la raison. Car il n'en est pas mais que l'esprit humain est ainsi fait qu'il lui en faut trouver. 
Ne te sens pas coupable, jamais, surtout face à cette incompréhension, tu ne ferais qu'étayer leur suspicion. 
Si jamais la culpabilité te prend, ne l'affiche qu'à quelqu'un.e en qui tu as entière confiance et qui sauras te l'ôter.
Parfois l'écart de compréhension réciproque n'est que de quelques pas, et la rassurance revient en peu d'échanges bienveillants. Parfois le fossé est tel qu'on ne peut que passer son chemin en lançant un signe de tête ou de la main qui apaisera la furie en folie douce. Moindre mal. 
Mais surtout au détour d'un croisement ton œil aura changé sans que tu t'en aperçoives, et alors que tu crois t'être égaré, contrairement à la perte de soi qui préside au départ, en fait tu te retrouves. 
Le départ est une naissance. 
Il en est des contraintes et forcées, comme celle qui nous fait "voir le jour" et d'autres choisies. Ce qui ne veut pas dire qu'elle se fasse sans efforts ni douleurs. 
Comme chaque naissance il est un seuil à franchir. 
Un seuil de peurs et d'inconnues. 
Le seuil qui nous fait quitter un cocon de douceur, sans qu'on se rende compte, tant qu'on est dedans, qu'il est aussi un carcan. 
Et c'est seulement lorsqu'on accepte d'ouvrir les yeux et les poumons. 
De respirer derrière cette porte.
Seulement après qu'on peut apprécier. 
Si on refuse de franchir ce seuil, on étouffe aussi sûrement qu'une pomme-vapeur. 
Ce sont des portes qui ne se referment pas dès qu'on les a ouvertes vraiment. 
Et le fil qu'on déroule derrière soi continue de tisser son wampum. 
Si on se retourne sur le pas de la porte, on ne peut quitter le passé et apprécier le seul présent qui vaille, celui qui nourrit demain, sans l'anticiper. 

Albanie 7

J'agglutine à l'Anglais qui me paraît international à l'Italien que plus connaissent. Et je saupoudre les manques de quelques mots français dont je me surprend après l'avoir dit d'en avoir alangui les r en l et arrondi les u en ou. Comme si, malgré moi, j'avais fécondé ma langue maternelle avec la patrie de mes interlocuteurs, pour accoucher d'un espéranto improvisé. 

De la France, je m'étonne des villes qu'ils en connaissent : Montélimar, Monte-pellier, Larochelle, Vitré ou bien Salons-de-Provence parce qu'ils y ont un temps travaillé. Eux ou un frère, un fils ou un cousin, jamais une femme. Certains Ma(r)seille dont ils connaissent le vélodrome d'un Albanie-France de 2016. 

Ils m'en citent quelques illustres : Victor Hugo ou Ho-noré-de-Bal-zac dont les syllabes sont énumérées comme les plats d'un grand restaurant. Et partout ils en connaissent les légendes de par l'écran vert d'une retransmission télévisée : Platini, Zidane ou Thierry Henry, que des fils d'immigrés. 

vendredi 2 juin 2017

Albanie 6


En Albanie on compte nombre de mafias, j'ai été invité hier à manger chez un de ses parrains avec les flics qui sont son assurance. Je ne parle pas d'une de ces mafias transnationales qu'ici comme partout on trouve, vinci, vodafone ou partis socialistes. Celles-là ont comme mérite, tant elles affichent leurs couleurs, d'identifier à qui on ne peut pas faire confiance dans ce pays dont on ne connaît rien. Celles-là leurs parrains me sont inaccessibles. Non je parle des petites mafias de province, des bras longs et des petits services entre amis, dont les flics. 
Avec ces flics là au moins il y a moyen de s'entendre. 
Je ne parle pas de bakchich. 
Juste que le vernis de leurs illusions n'est pas trop dur à gratter. 
On peut discuter entre humains, malgré leurs képis. Képis que pour l'occasion nombre d'entre eux ôtent comme pour marquer la limite de leur autorité. 
Ils savent pourquoi ils sont là. Juste parce qu'ils ont fait un peu plus d'études que la moyenne et que l'uniforme leur permet d'améliorer un peu l'ordinaire. Sans avoir à marchander, à truander. Juste quelques menus services bien placés sans trop de répression. Pas d'idéologie ni d'endoctrinements. 
Loin des carapaces sans visages au cerveau atrophié qu'on trouve dans nos pays civilisés. 
Civil-isés mais militar-isés. 
Ceux-ci ne servent qu'à maintenir un ordre illusoire. Ils seraient d'ailleurs superflus, la télé s'en charge bien mieux, mais pour ne pas leur laisser paraître, on les envoie de temps en temps en rangs serrés tabasser quelques manifestants ou se divertir dans une bavure sur un Arabe. 
Sinon ils pourraient s'ennuyer. 
Et qui s'ennuie peut réfléchir. 
Et qu'on continue de les armer, il faut bien que Dassault ou Lagardère continuent de s'engraisser. 
Et cellui (celui ou celle) qui est armé et réfléchit peut renverser un pouvoir, ça s'est déjà vu. 
Donc on les occupe, on les divertit et on les endoctrine. 
Plus moyen qu'une quelconque raison vienne percer leur uniforme. 
Uniformes mités mis en forme d'unités. 

Albanie 5


En Albanie tout est à voir, excepté ce qu'on te montre. 
Si on te pointe quelque chose du doigt, regarde ce que cache l'autre main. 
Ils n'ont comme fierté que les vestiges d'un passé plus ou moins glorieux ou l'illusion d'un avenir à la modernité déjà dépassé. Alors que leur présent est magnifique, que ce qu'ils n'osent montrer est justement ce que je viens chercher. 
La richesse s'exhibe, ici elle est particulièrement ostentatoire. J'en suis une des attractions. Je suis l'exotisme qu'ils s'empressent d'inviter tant pour leur distraction que pour m'exhiber comme une richesse de plus aux voisins qu'ils invitent. 
La misère n'a d'autre choix que de se montrer. Pour subsister. Elle se trouve à la périphérie des villes. Pour en débarrasser les poubelles des canettes d'aluminium ou de bouteilles plastique qu'elle rassemble en gros ballots qu'elle va troquer contre quelques piécettes chez un moins miséreux à l'autre bout de la ville. La misère est dangereuse, parce que leurs estomacs toujours creux font de moi un repas, ou mon bagage au moins. Parce que je suis plus accessible que les forteresses dorées qui les oppressent. Parce qu'ils vendraient leurs dents, s'il leur en restait contre quelque chose à fourrer entre. 
Mais la pauvreté ordinaire, celle qui a le suffisant et à qui ne manque que le superflu, qui parfois le désire, mais souvent se résigne et se contente de considérer son voisin ou l'étranger comme un ami qu'aucun ne gagnerait à détrousser. Celle-là ne se montre pas et il faut s'écarter des gros axes pour les rencontrer, passer derrière les cours d'immeubles ou oser aller à l'ombre des cafés sans enseigne peu aguichant pour en trouver toute l'humanité. 

Albanie 4

La maison classique en Albanie se construit ainsi :

Dès qu'on a réuni 3 sous, on en construit la structure, au moins celle du rez-de-chaussée. Des piliers de béton armé qui en dessinent les arêtes, une chape par étage. Et on laisse dépasser les treillis métalliques pour des possibles extensions. 

Ensuite on peut laisser le chantier dans une latence qu'on croirait abandonné si ce vide abrité n'était occupé par quelques moissons à sécher ou des meules de chaumes de maïs et quelques poules, dindons, mulets. 

Dès qu'on a réuni 3 sous de plus, on comble les vides entre les arêtes par des rangées de brique qui forment murs pour peu qu'elles arrivent jusqu'au plafond. 

Arrive ensuite, avec 5/6 payes de plus, le temps des ouvertures. Portes, fenêtres, étage par étage qui peuvent être fermés sur plusieurs âges. 

Quand un espace est fermé, alors on peut l'occuper. On y plante quelques baquets qui feront office de salle de bains, une cuisine et un lit. 

Alors vient le temps des revêtements intérieurs. Ça aura pu coûter 10 années de sueur, mais là, faut que ça brille : 

Escaliers, marches et contremarches, en marbre poli orange et noir. Rampes en laiton ou chrome. 

Dalles de sol en marbre blanc d'un mètre de côté, qui reflètent comme un miroir. 

Canapé en velours de 4 mètres garni de coussins moëlleux pour manger autour de la télé constamment allumée, que quelqu'un soit dans la maison ou pas. 

Éventuellement on a pris soin de mettre un toit si jamais on est sûrs que la famille est complet, sinon la dernière dalle de laquelle dépasse les treillis et amorces de béton en fera bien office le temps que les enfants en aient à leur tour. 

Et surtout, surtout, plantés sur les toits ou en suspension de lui, le rempart contre le mauvais oeil, dont j'ai oublié le nom. 

Pour les traditionnels un épouvantail de 2 manches en croix, garnis de frusques qui font semblant d'être un tronc à quatre membres au sommet duquel on a garni une boule de chiffons d'un nez et surtout 2 yeux qui disent : quelqu'un est là et vous surveille. 

Les plus contemporains sont une peluche de Winnie l'ourson, Dora l'exploratrice ou peu importe qui d'autres, du moment que ça ait une vague forme humaine et surtout 2 yeux. 

Les Italiens ont remplacé ce folklore par des caméras de surveillance qui sont de la même supercherie puisque vraisemblablement personne ne passe sa journée et encore moins ses nuits à en regarder l'écran. 

À croire que les regards bienveillants de leurs saintes icônes partout présentes ne leur suffisent plus. 

Albanie 3


En Albanie le café est Turc, la télé est Italienne, la religion est Arabe et le rêve est d'Europe. 
Ses armoiries sont un aigle à 2 têtes, l'une vers l'orient, l'autre vers l'occident. 

Les Turcs ont laissé de leur passage, outre le café, ces bonbonnes d'eau sur les toits, auxquelles les plus fortunés ont ajouté un faisceau de tube orienté plein sud pour la chauffer. 
Ils ont aussi laissé des mosquées entretenues des fois que....par on ne sait qui....
Leurs portes sont ouvertes mais personne n'y entre. 
Jamais je n'ai entendu de psaumes sortir des hauts-parleurs de leurs minarets, ni croisé d'imam. 
De toutes façons si Allah existe il a dû moucher l'Albanie par sa narine gauche un soir d'angine doivent-ils se dire. 

Albanie 1


Les jeunes me regardent de travers, ils ne comprennent pas ce que je viens faire ici, eux qui de leur sous-marin, se croient minuscules et ne voient de leur périscope télévisuel que l'Europe majuscule qu'ils rêvent d'atteindre. Si je suis là, c'est donc, pour une obscure raison dans ce pays qui sent la mafia prospère et la corruption.
Les poignées de mains, rares, sont des 2 dernières phalanges effleurées du bout du pouce, hâtives et presque forcées. Tandis qu'en Italie, spécialement en Sicile, la poigne est franche, de toute la paume longtemps serrée et soutenue par l'autre main qui vient tâter l'avant-bras, le biceps voire l'épaule. Les vieux ont le regard plus doux, bien qu'au moins un oeil sur deux soit pourri (trachome ?)
Je pousse souvent mon vélo, non que la pente soit dure, c'est juste que ces routes que les cartes albanaises (tout comme google maps) disent carrossables, ressemblent plus à un lit de torrent saupoudré de poussière. Y pédaler me ruine les bras, les fesses et tout l'accastillage de ma monture. Par carrossable, s'entend suffisamment large pour y faire passer plus qu'un âne, ça ne tient pas compte du revêtement. Le cartographe qui en a relevé les reliefs devait être celui de l'empire Ottoman, les routes ont l'air de dater de cette époque, et n'ont depuis jamais été entretenues. 
Depuis 2km je joue à chat avec un paysan qui ramène sa vache à la maison. Car ici l'agriculture est encore tout ce qu'il y a de vivrière, les troupeaux se comptent sur les doigts d'une seule main à laquelle on en aurait amputé 2. Les récoltes et labours se font, hors quelques exceptions à la main, pliés en angle aigu au niveau des reins. Ce que je pensais être le sillon d'un vélo qui m'aurait précédé s'est révélé être celui de la corde de sa vache qui n'est prise en main que pour relancer l'animal qui sinon connaît la route par coeur. Il me dépasse dans les montées, je le dépasse dans les descentes. Nous n'échangeons que quelques signes de main et expressions de visage, n'ayant trouvé de langage commun. Presque à chacun de ses dépassements il sort son déjà antique téléphone mobile qui jamais ne sonne et hurle 2/3 mots dedans avant de raccrocher. Des mots sans écho juste pour me donner l'illusion d'une modernité, ou pour s'épargner la corvée de me parler, car j'ai vite fait de constater avec le mien qu'il n'y a pas de réseau. 
Des ponts de quelques madriers bouffés en équilibre précaire sur quelques IPN rouillés, il en reste toujours un bon tiers suffisant pour y jouer les funambules. Les quelques voitures et engins qui passent par là préfèrent le gué, un peu amont ou un peu aval. 

jeudi 1 juin 2017

Albanie 2

Les abords des routes en Albanie sont superbes. On est obligé de s'arrêter pour les contempler, la route en elle-même on ne peut la quitter des yeux, au risque d'y perdre quelques rayons voire la roue entière, les 2 manivelles à l'horizontale pour ne pas y tordre une pédale dans une ornière de rocailles ou éviter la glissade sur un dévers de poussière et d'y finir dans le ravin. 

On y trouve des érables gigantesques et tortueux, des fleurs par centaines, des oliviers sauvages et des horizons multiples, verts, vallonnés, vibrants. On y croise des tortues, des fouines et surtout des ânes. 

Quel bel animal que l'âne. Je ne sais pas s'il en existe de moche, des animaux, mais l'âne est parmi tous ceux qu'on dit domestiques celui qui a ma préférence. Malicieux, capricieux, courageux. 

Si j'avais à choisir un compagnon, j'aimerais que ce soit un âne. 

Pour un prochain voyage, si ce n'est en cabotant dans un voilier, je pense que j'irais à pied, un âne à mes côtés portant mon bagage et imposant le train comme les haltes. 


Peut-être qu'il faut être allé au-delà du supportable du progrès pour apprécier ce voyage en amnésie