jeudi 25 mai 2017
Caméras
mercredi 24 mai 2017
À Messina
A Messina
J'ai vu un bateau ferroviaire. Le train vert offert. Son bateau l'avalait et le vomissait par la gueule.
J'ai vu un pêcheur de métier affréter sa barcasse splendide orange et bleue accolé aux géants des croisières entre 2 palmiers. Comme à chaque fois, je n'ai pas su lui parler plus qu'une dizaine de mots bredouillés. Sa nuit allait filer à ramasser ceux qu'il avait déposés. Je l'aurais bien accompagné.
J'ai vu des chats pas pressés attendre la sardine fraîche que les pêcheurs du remblai se prêtent à leur donner. Celui qui n'est pas choisi ce coup-ci, sait que son tour viendra.
Ivresses si sylvaines.
La sicile déroule ses parfums ennivrants de fleurs d'oranger mêlés d'iode, de calamars et de poissons frais frits, de fenouils et d'anis.
Et de.... gaz d'échappement.
Moins exotique.
En rogne contre cette civilisation de la pétromobile.
Qui gâche la vue, empeste les narines et pollue jusqu'aux oreilles
Cette cage de Faraday ambule en ne laissant à son chauffeur plus qu'un sens pour s'ouvrir au monde, la vue.
Triste rognage de ce formidable arsenal perceptif dont nous a doté le vivant.
Quel désolant éloge de la médiocrité.
La voiture rend con, moi le premier.
1600 mètres à pieds
Je parcourais 2 fois par jour le kilomètre six cents qui me séparait du village à pieds autant parce que la pente sévère que j'avais osé grimper à la pédale les 2/3 premières fois m'esquintait à l'aller les poumons et le coeur et au retour les freins et l'ardeur, que pour ce plaisir trop absent du voyage à vélo.
Le survol permanent dans lequel se place le cycliste ne lui laisse que peu l'occasion de battre cette mesure du pas contre le sol.
1 battement par seconde qui remonte la jambe et rappelle au coeur ce rythme qui a dû présidé à l'élaboration de la seconde comme mesure du temps.
Bredouillages
A San Costantino de Calabro, mon hôte, policier à la ville voisine, m'hébergeait dans sa maison de campagne, demeure familiale un peu à l'écart de la ville qui conservait de son passé outre des photos jaunies et une électricité douteuse qui picotait les doigts quand on touchait les robinets, la persistance d'un verger vivrier toujours entretenu par les plus anciens de la famille.
J'aidais de mon mieux l'ancien actuel à récolter ses cerises. Les arbres du bas donnaient en premier et la maturité des fruits remontait la pente de jour en jour. Cette récolte me permettait d'étoffer un peu mon Italien bredouillant. Des phrases qui vont trop vite dans un sens mais que le concret de cette tâche pas si étrangère me permettait de comprendre. Et de l'autre des demi-phrases lancées sans conjonction ni grammaire, tentant d'articuler à grand peine et beaucoup de détours, les quelques mots retenus. J'y glissais de ci de là les mots manquants dans un français que je tentais de faire chanter italien. Après tout ce sont 2 langues "latines" pas si éloignées. Les moues réciproques qui jonchaient ses échanges et marquaient l'à peu près de la compréhension, finissaient toujours par se changer en rire. Soit gai et enfin éclairé, soit renfermé et las avec un éventail de la main juste pour clore l'imprécision de ce message que définitivement on n'arrive pas à faire passer.
Les rossignols roses s'imitent, si drôles
J'ai vu de nombreuses fois des hommes perchés dans des fruitiers en sifflottant comme un pinson. Ils y cueillent les fruits fragiles, ceux qui ne supportent pas d'attendre la chute pour être ramassés.
Des néfliers, mûriers et cerisiers des bords de route sortent ces sifflotements qui agitent les branches.
Il faut les premières fois suivre d'un oeil attentif l'origine de ces frémissements pour y voir cet étrange animal, toujours un mâle.
On les y trouve plus sûrement les après midi de grosse chaleur qui permettent de rester à l'ombre sans fainéanter. Ces fruits se cueillent toujours avec la queue (la pedalé, comme celle du vélo, m'a expliqué un ancien à qui j'en demandais traduction) et parfois la branche entière, pour la conservation, sinon c'est pour boulotter sur place ou pour la marmelade.
Le soir dans d'autres branches, sifflent les rossignols et j'y entends les sonorités de cette langue Italienne.
Ces voyelles finales expulsées plus qu'aspirées, comme un appel d'air migrant d'une rive à l'autre de ce fleuve large comme une mer
Ce parler ostentatoire.
Ce chant articulé.
À se demander qui des deux a imité l'autre.
Jaloux
J'avoue j'alloue aux loups une jalousie si jazzy que j'ouïe la nuit des poules et crie ahyouuuuupi.
Il tombe haut des lucioles
dimanche 21 mai 2017
Conseils spécifiques par pays (CSP)
Toujours à Cerami, il faut avoir vu le gracieux geste du pizzaiolo de l'unique pizzeria, qui d'un 8 infini transforme en un mouvement une boule de pâte en une galette, toujours du bon diamètre, pour s'assurer que ce n'est pas une légende de cinéma
Conseils aux voyageurs à pédales
Conseil No 1 : Si 2 routes s'offrent à toi, prends celle qu'on te déconseille, celle qu'on te dit rude, chaotique, sinueuse. C'est toujours celle où la rencontre, l'accident, le fortuit est possible. Et même si rien n'arrive, ce sera au moins celle avec le moins de pétromobiles.
Conseil No 2 : Même dans ce qui te paraît être une campagne déserte, ne chipes pas un fruit par-dessus une clôture. Partout un oeil veille et la rumeur de ton chapardage arrivera plus vite que toi au prochain village. Et tout autant pour annoncer ta venue et te fêter, en tout lieu, en tout temps, sans savoir comment, la rumeur courra toujours plus vite que toi.
Conseil No 3 : N'hésites pas, dans n'importe quel village à laisser sans verrou ton attelage. Comme partout c'est en offrant sa confiance qu'on la reçoit.
Conseil No 4 : Prends ta place sur la route, elle n'appartient pas aux pétros. Et comme avec les chiens errants, si tu affiches ta crainte, elle risque de se voir justifiée.
Conseil No 5 : Si un habitant d'une région montagneuse, ou tout au moins vallonnée, te dit que la prochaine route est plate, ne le crois pas, surtout si tu devines qu'il ne l'a jamais empruntée autrement qu'en voiture. Non qu'il mente, il est sincère dans son référentiel où la platitude n'a pas la même valeur que pour un habitant des plaines. (Dont je fais partie)
samedi 20 mai 2017
Une bonne tranche de rigolade, s'il vous plaît
Ce matin dans l'épicerie j'ai pris 2 tranches de rire.
La première en cherchant à acheter de l'alcool dénaturé pour mon réchaud, l'autre en demandant parmi tous les fromages lequel était de brebis.
Toute la communication s'est déroulée à grands coups de mimes et d'onomatopées.
J'évite tant que tant d'utiliser google trad et c'est bien plus rigolo. Plus long aussi mais de quoi se presserait-on ?
On se demandait avec des amis avant de partir ce qui manque le plus à l'étranger. Pour certains c'est le fromage, d'autres le chocolat .....
Ce qui me manque le plus dans un voyage, surtout seul, c'est de rire.
Sous-rire, oui souvent. Passer du bon temps. Des moments agréables. Tous les jours.
Mais la bonne tranche de rigolade, celle qui te dérouille les zygomatiques et remonte derrière les oreilles, c'est denrée rare.
J'ai dit denrée ?
C'est tout autre. C'est de l'immatériel qui même disparu, reste gonflé dans les joues, dans le coeur et les poumons.
vendredi 19 mai 2017
5 mousquetaires
mardi 16 mai 2017
Ébarbez-les
Des orangers, des citronniers.
Quoi de plus ennivrant qu'au milieu d'une côte, le gosier desséché, ramasser sur le bas-côté le citron qui aura profité d'un chaos pour sauter du cageot.
Le couper aussitôt et s'en enduire le goulot.
Les propriétés privées et les défense d'entrer.
Le repli sur soi, la peur de l'autre, et leurs corollaires mobiles : les voitures à bon marché, individuelles et sous-chargées.
lundi 15 mai 2017
Étables balnéaires
A la lumière noire des flammes
Stephen dronval
Route Mistretta-Ceramì
Sur le bas-côté de cette montée à 15%, un panneau de signalisation me rappelle, arrogant, de ne pas dépasser les 30.
Et c'est heureux sinon, grisé par les 35 degrés, aurait pu me prendre l'idée de remonter sur mon vélo et d'enclencher le grand plateau !
Du coup, sagement, je reste à 4 km/h et 240 pulsations/minute.
Chaque tache d'ombre est prétexte à s'arrêter, chaque fontaine à s'abreuver. L'eau fraîche avec laquelle je m'arrose le crâne est déjà chaude en arrivant au cou.
C'est l'été sans le printemps.
La dolce vita
Bella ciao
I tutti va bene
dimanche 14 mai 2017
Mistretta
La voiture, ce progrès du XXe siècle, devenu cancer. Ses métastases se sont répandues partout. Le XXIe n'est pas sérieux, il n'a que 17 ans, il devra se défaire de cette tumeur s'il veut grandir et vivre centenaire.
La via e bruta !
Les personnes qui accueillent le voyageur avec enthousiasme sont toujours plus enclines à le guider vers ce qui fait leur fierté, ou ce qu'ils pensent être l'attendu. La démonstration de leur modernité ou les illustres antiquités. En demandant des détails sur la route qui mène à Nicosia, plus pour s'exercer aux 4/5 mots que je connais et espérer les étoffer, tous me disent que "la via e bruta" (la route est rude, chaotique) avec une moue désolée. Que je ferais mieux de descendre prendre la route de la côte, qu'elle est neuve, qu'il y a la mer, la cathédrale de Cefalù, et caetera. Ce qu'ils ignorent, c'est que c'est justement parce que la via e bruta qu'elle est agréable. Parce que les cassis imprécis font que peu de voitures s'y aventurent. Que pour le cycliste souvent cantonné aux bas-côtés et à ses ordures, ses graviers et ses limites imprécises, seule suffit une bande de voie damée de 3cm, même pas bitumée. Qu'aux voitures qui te frôlent l'épaule gauche, on préfère serpenter entre les trous sur toute la largeur de la route. Parce que sur ces routes les seules voitures qu'on rencontre sont celles qui soulagent le paysan, l'artisan de la corvée. De celles qui maintiennent la ruralité en vie. Et qui prennent la mesure du temps, hors de l'allure effrénée de celles si pressées de rattraper la mort.
Stephen dronval
Palermo
En arrivant à Palermo, cette odeur pareille à tous les ports (du monde ?) que j'ai pu visiter.
Le havre, Rotterdam, Marseille, Limassol ... et bien sûr Saint-Nazaire où je suis né. Cette odeur mélangée de mazout et de céréales fermentées. Cette aigreur familière qui joue pour moi le même rôle que la madeleine pour d'autres.
Stephen dronval
jeudi 11 mai 2017
Rencontre à la cloche
Stephen dronval
mercredi 10 mai 2017
Départs, des faux, un vrai
La seule option est de prendre un tgv dans lequel il faut démonter son vélo et le mettre dans une housse.... que je n'ai pas. Aurélien me propose la sienne qu'Amélie retourne chercher pendant que je démonte mon vélo dans la gare.
Après négociations avec le personnel de la gare pour ne pas faire exploser mes bagages que je n'abandonne pas comme pourrait le considérer vigipirate et tous ces militaires en armes qui font flipper plus qu'ils ne rassurent.
Il me reste 15 minutes.
Ouf
Je souffle
Et descend sur le quai me dégourdir avant les 6h de trajet.
Et là,
c'est le drame.
Devant mon nez part le train dans lequel j'ai tout.
Toute ma vie pour ces prochains mois.
Ne me reste plus que mon téléphone et les clés de mon antivol.
L'imagination carbure à plein. Échaffaude environ 20 milliards de possibles.
Angers.
Appel à leurs collègues d'Angers, je leur dicte la liste de mes bagages et où ils sont répartis dans le wagon.
Et je monte dans le bon train, en espérant bien fort qu'ils réussissent à tout récupérer.
Être libre de tout, plus rien, plus de chez-moi, même mobile, plus d'argent, plus de papiers, plus de fringues.... la vraie vie de bohème.
Stephen dronval








