jeudi 25 mai 2017

Caméras


Potame
1100 mètres d'altitude, un peu moins d'habitants. 
Premier village à 20km, des lacets à n'en plus finir 
Et comme dans tout ce sud de l'Italie que je viens de traverser, pour garder un champ de chardons, 2 pêchers et 3 poivrons :


Alors que je déjeunais entouré de chiens faméliques abandonnés, une femme venue les nourrir me demande au bout de 2 minutes de conversation (on en vient toujours là !) si je n'ai pas peur ?
"Enfin ici ça va, mais dans les villes ?" me dit-elle dans ce qui lui reste de français de 44ans passés à Bruxelles il y a plus de 10 ans de ça. 
L'à-côté, toujours cet inconnu, que seul le filtre si peu lucide de la télévision vient éclairer. 
" Oh et vous savez, la France et la Belgique, c'est plus comme avant, avec tous ces extrémistes communautaires" poursuit-elle....
Je ne sais pas si elle parle des électeurs du fn...?
On devrait vraiment interdire la télé 



mercredi 24 mai 2017

À Messina

A Messina 

J'ai vu un bateau ferroviaire. Le train vert offert. Son bateau l'avalait et le vomissait par la gueule. 


J'ai vu un pêcheur de métier affréter sa barcasse splendide orange et bleue accolé aux géants des croisières entre 2 palmiers. Comme à chaque fois, je n'ai pas su lui parler plus qu'une dizaine de mots bredouillés. Sa nuit allait filer à ramasser ceux qu'il avait déposés. Je l'aurais bien accompagné. 


J'ai vu des chats pas pressés attendre la sardine fraîche que les pêcheurs du remblai se prêtent à leur donner. Celui qui n'est pas choisi ce coup-ci, sait que son tour viendra. 

Ivresses si sylvaines.

La sicile déroule ses parfums ennivrants de fleurs d'oranger mêlés d'iode, de calamars et de poissons frais frits, de fenouils et d'anis. 

Et de.... gaz d'échappement. 

Moins exotique. 

En rogne contre cette civilisation de la pétromobile. 

Qui gâche la vue, empeste les narines et pollue jusqu'aux oreilles 

Cette cage de Faraday ambule en ne laissant à son chauffeur plus qu'un sens pour s'ouvrir au monde, la vue. 

Triste rognage de ce formidable arsenal perceptif dont nous a doté le vivant. 

Quel désolant éloge de la médiocrité. 

La voiture rend con, moi le premier. 

1600 mètres à pieds

Je parcourais 2 fois par jour le kilomètre six cents qui me séparait du village à pieds autant parce que la pente sévère que j'avais osé grimper à la pédale les 2/3 premières fois m'esquintait à l'aller les poumons et le coeur et au retour les freins et l'ardeur, que pour ce plaisir trop absent du voyage à vélo. 

Le survol permanent dans lequel se place le cycliste ne lui laisse que peu l'occasion de battre cette mesure du pas contre le sol. 

1 battement par seconde qui remonte la jambe et rappelle au coeur ce rythme qui a dû présidé à l'élaboration de la seconde comme mesure du temps. 

Bredouillages

A San Costantino de Calabro, mon hôte, policier à la ville voisine, m'hébergeait dans sa maison de campagne, demeure familiale un peu à l'écart de la ville qui conservait de son passé outre des photos jaunies et une électricité douteuse qui picotait les doigts quand on touchait les robinets, la persistance d'un verger vivrier toujours entretenu par les plus anciens de la famille. 

J'aidais de mon mieux l'ancien actuel à récolter ses cerises. Les arbres du bas donnaient en premier et la maturité des fruits remontait la pente de jour en jour. Cette récolte me permettait d'étoffer un peu mon Italien bredouillant. Des phrases qui vont trop vite dans un sens mais que le concret de cette tâche pas si étrangère me permettait de comprendre. Et de l'autre des demi-phrases lancées sans conjonction ni grammaire, tentant d'articuler à grand peine et beaucoup de détours, les quelques mots retenus. J'y glissais de ci de là les mots manquants dans un français que je tentais de faire chanter italien. Après tout ce sont 2 langues "latines" pas si éloignées. Les moues réciproques qui jonchaient ses échanges et marquaient l'à peu près de la compréhension, finissaient toujours par se changer en rire. Soit gai et enfin éclairé, soit renfermé et las avec un éventail de la main juste pour clore l'imprécision de ce message que définitivement on n'arrive pas à faire passer. 

Les rossignols roses s'imitent, si drôles

J'ai vu de nombreuses fois des hommes perchés dans des fruitiers en sifflottant comme un pinson. Ils y cueillent les fruits fragiles, ceux qui ne supportent pas d'attendre la chute pour être ramassés. 

Des néfliers, mûriers et cerisiers des bords de route sortent ces sifflotements qui agitent les branches. 

Il faut les premières fois suivre d'un oeil attentif l'origine de ces frémissements pour y voir cet étrange animal, toujours un mâle. 

On les y trouve plus sûrement les après midi de grosse chaleur qui permettent de rester à l'ombre sans fainéanter. Ces fruits se cueillent toujours avec la queue (la pedalé, comme celle du vélo, m'a expliqué un ancien à qui j'en demandais traduction) et parfois la branche entière, pour la conservation, sinon c'est pour boulotter sur place ou pour la marmelade. 

Le soir dans d'autres branches, sifflent les rossignols et j'y entends les sonorités de cette langue Italienne. 

Ces voyelles finales expulsées plus qu'aspirées, comme un appel d'air migrant d'une rive à l'autre de ce fleuve large comme une mer

Ce parler ostentatoire. 

Ce chant articulé. 

À se demander qui des deux a imité l'autre. 

Jaloux

J'avoue j'alloue aux loups une jalousie si jazzy que j'ouïe la nuit des poules et crie ahyouuuuupi. 

Il tombe haut des lucioles


Je suis en Calabre
Sur la SS18 qui longe le golfe de Santa Eufemia, je croise des cyclistes à la peau noire et au gilet orange, toujours par paires. Leurs visages éreintés ne donnent l'impression ni qu'ils ne viennent de quelque part, ni qu'ils y aillent. Leurs bicyclettes voilées ont dû trop porter le fardeau des breloques qu'ils ont troqué dans les faibles boutiques de bambou et de bâches au bleu qui remplace à peine celui de l'horizon qui leur manque. Et que les toutous, les toutristes viennent chercher ici dans leurs barres d'immeubles mal finis qui obstruent la mer. 
Ils vivottent aux abords des cités balnéaires contre quelques maigres euros. 
Toujours trop pour les gens d'ici qui me répètent à l'envie, même si la mienne n'est pas, le cacophonique simplisme des journaux d'ignorations, et les appellent "problème".
La nuit arrive, il est à peine 20h. 
Après avoir longé un peu cette rivière perpendiculaire de cailloux blanchis dans la promesse d'un bivouac, j'ai planté ma tente sous les oliviers.
A ma droite, écrasante, la montagne qui m'attend demain paraît toute proche. 
A ma gauche la mer à moins d'un kilomètre. 
Des insectes cricritent
Deux chouettes hululent 
Un rossignol pépie pour accompagner les grenouilles 
Des aboiements lointains et quelques explosions de moteur me rappellent que des maîtres existent et qu'ils ont peur. 
Aux bruits habituels de la nuit s'ajoute le son des bourgeons d'oliviers qui éclatent.
La chaleur est grasse
Quelques rares étoiles me laissent deviner que le ciel est couvert
Ça sent le limon humide
Et tout autour de moi, par centaines, milliers peut-être, les clignotements arythmiques et voletants des lucioles....
Je croyais que ça n'existait que dans les contes. De fait, c'est. 
Je chantonne en silence le refrain de "Petite" de L
J'ai dû m'égarer.....je suis dans un film de Miyazaki

dimanche 21 mai 2017

Conseils spécifiques par pays (CSP)


CSP 1 : Sicile

La via dei quanto mille, de Randazzo à Linguaglossa, longe les flancs de l'Etna en suivant la ligne de niveau des 1000m. On y serpente entre les coulées de basalte de 2002, refroidies mais pas encore végétalisées. Gare aux serpents. De nombreuses aspics profitent de la zone, et j'ai vu traverser devant moi un, encore inconnu, reptile d'environ 1m50, noir, mais noir, intégral et profond, couleur de lave. 

La route qui va de Mistretta à Troina, la SS117 (strada statale 117), Ô SS 117, pour autant qu'elle soit raide et "bruta" réserve à chaque village un accueil fantastique au voyageur qui s'est aventuré jusque là. Chaque village, plus encore qu'ailleurs a sa procession où défilent dans l'ordre des bigotes le cierge à la main qui chantent en chœur un "Ave, ave, ave Maria" précédées par une porteuse de vieil haut-parleur Bouyer, de ceux qui crachent dans les foires ce son singulier dont manquent les aigües et les basses. Suivent dans l'ordre, les enfants de messe hésitants qui se retournent sans cesse et tendent leurs bannières d'icônes pieuses rouges et dorées. Les curés dans leurs soutanes blanches qui inclinent la tête à droite et à gauche comme les chiots en plastique sur les plages arrières des voitures. Et enfin les carabinieri qui clôturent la marche et permettent à la circulation automobile, interrompue placidement sans klaxons, de reprendre son flot incessant. Rien que pour cette mystique interruption de trafic, je salue ces processions. 

Il faut arriver à Cerami ( toujours sur cette SS117) un dimanche de mai autour de la san Michele. Pas encore posé pied à terre que tous les bambini du village te fêtent et t'assaillent de questions. Le samedi et dimanche qui précèdent (la san Michele) défilent TOUTE LA JOURNÉE les jeunes garçons le long du "passageo" qui ombre sur environ 500 mètres un trottoir pavé. Il le descendent et le remontent en continu 2 jours durant de 6h du matin à 20h le soir, ne s'accordant (et à moi aussi) que de rares pauses. Ils tambourinent sans aucune mélodie sur leurs instruments tandis que d'autres un peu plus âgés récoltent l'argent qui servira à payer la fête du weekend suivant. Fête qui voit défiler les jeunes filles à marier. Dans leurs robes rouge carmin sur jupon de dentelles blanches, le chignon impeccablement tiré à 4 épingles, elles dansottent, maladroites, en accord avec la dissonance harmonique des tambours. Elles tirent d'une main leurs jupons pour dévoiler une cheville puis l'autre, camouflées d'un bas noir opaque, et de l'autre leur smartphone qui, via tinder ou facebook, leur assurera plus sûrement la promesse d'un mariage lointain. Durant les premières heures de mon arrivée, 2 jeunes filles me disputaient âprement leur attention à grands renforts de bredouillages d'anglais scolaire. Malgré leurs 15 ans, c'est toujours flatteur de se savoir être un possible bon parti. 

Toujours à Cerami, il faut avoir vu le gracieux geste du pizzaiolo de l'unique pizzeria, qui d'un 8 infini transforme en un mouvement une boule de pâte en une galette, toujours du bon diamètre, pour s'assurer que ce n'est pas une légende de cinéma 

Il faut voir le soleil couchant se refléter sur les flancs de l'Etna tandis qu'à son pied on est déjà dans la nuit, pour se rendre compte de sa majesté. 

Il vaut mieux éviter les marinas et lidos de la côte qui enchaînent comme les graines d'un chapelet les gelateria artigliane (substitut du marketing publicitaire pour ne pas dire "industrielles"), les pasticceria, les rosticceria, les fumicceria, les camions de frutta pas mûrs et surtout les sourires berlusconiens, retombés aussi vite que dressés, des clônes qui les tiennent.
Sauf peut-être à aller de Cefalù à Santo Stefano di Camastra pour profiter de ce ruban quasi sans voiture et ses douces ondulations qui serpentent le long d'un littoral sans plage. 

Il faut voir Palermo et Messina. Deux villes-ports qui sentent le mazout, la pauvreté des denrées et donc la richesse des humanités. Il faut voir dérouler sur leurs flancs abîmés les barcasses colorées, les " HEY, CIAO, DOVE VAI ?" du côté côtier et voir s'allumer les étoiles de leurs montagnes la nuit. Il faut sentir leur chaleur embrumer la Méditerranée, l'odeur de sardines qui rappelle que sous la chape, la mer est bien là. Ça mériterait même de les vivre plus que de les traverser...... une autre fois peut-être ?

Conseils aux voyageurs à pédales

 Conseil No 1 : Si 2 routes s'offrent à toi, prends celle qu'on te déconseille, celle qu'on te dit rude, chaotique, sinueuse. C'est toujours celle où la rencontre, l'accident, le fortuit est possible. Et même si rien n'arrive, ce sera au moins celle avec le moins de pétromobiles. 


Conseil No 2 : Même dans ce qui te paraît être une campagne déserte, ne chipes pas un fruit par-dessus une clôture. Partout un oeil veille et la rumeur de ton chapardage arrivera plus vite que toi au prochain village. Et tout autant pour annoncer ta venue et te fêter, en tout lieu, en tout temps, sans savoir comment, la rumeur courra toujours plus vite que toi. 


Conseil No 3 : N'hésites pas, dans n'importe quel village à laisser sans verrou ton attelage. Comme partout c'est en offrant sa confiance qu'on la reçoit. 


Conseil No 4 : Prends ta place sur la route, elle n'appartient pas aux pétros. Et comme avec les chiens errants, si tu affiches ta crainte, elle risque de se voir justifiée. 


Conseil No 5 : Si un habitant d'une région montagneuse, ou tout au moins vallonnée, te dit que la prochaine route est plate, ne le crois pas, surtout si tu devines qu'il ne l'a jamais empruntée autrement qu'en voiture. Non qu'il mente, il est sincère dans son référentiel où la platitude n'a pas la même valeur que pour un habitant des plaines. (Dont je fais partie)




samedi 20 mai 2017

Une bonne tranche de rigolade, s'il vous plaît

Ce matin dans l'épicerie j'ai pris 2 tranches de rire. 

La première en cherchant à acheter de l'alcool dénaturé pour mon réchaud, l'autre en demandant parmi tous les fromages lequel était de brebis. 

Toute la communication s'est déroulée à grands coups de mimes et d'onomatopées. 

J'évite tant que tant d'utiliser google trad et c'est bien plus rigolo. Plus long aussi mais de quoi se presserait-on ?

On se demandait avec des amis avant de partir ce qui manque le plus à l'étranger. Pour certains c'est le fromage, d'autres le chocolat .....

Ce qui me manque le plus dans un voyage, surtout seul, c'est de rire. 

Sous-rire, oui souvent. Passer du bon temps. Des moments agréables. Tous les jours. 

Mais la bonne tranche de rigolade, celle qui te dérouille les zygomatiques et remonte derrière les oreilles, c'est denrée rare. 

J'ai dit denrée ?

C'est tout autre. C'est de l'immatériel qui même disparu, reste gonflé dans les joues, dans le coeur et les poumons. 

vendredi 19 mai 2017

5 mousquetaires


Depuis mes premiers coups de pédale en Sicile mon pédalier grince. J'ai demandé à 2/3 vendeurs de vélo croisés sur la route s'ils pouvaient me le resserrer. A chaque fois la même moue fatiguée accompagnait la même réponse : pas les outils. 
À l'arrivée dans cette banlieue non balnéaire de Messine, au delà des bidonvilles qui ceinturent la cité, un bouiboui devant lequel 5 gaillards rigolent. Un improbable imbroglio de carcasses rouillées de vélo et vespa mêlés tient lieu de vitrine. 
Je m'arrête. 
L'un d'eux vient vers moi. Un colosse de 2 douzaines d'années sans amincissement au niveau des poignets, sa mâchoire plus large que ses tempes lui permettait de tendre un sourire long comme un hamac. Au premier coup d'oeil je savais pouvoir m'y reposer. 
2 gestes de la main et une onomatopée ont suffit à ce qu'il me fasse signe d'attendre. 
Il me laisse 3 minutes en compagnie des 4 autres à essayer d'alimenter une faible conversation à base d'où je viens, où je vais et que la Sicile est belle. 
À son retour j'ai d'abord cru dans la taille de ses mains qu'il tenait des jouets. En appuyant un peu le regard j'ai vu qu'il avait bien compris mon souci. 
Cric crac sur le bord du trottoir tout en continuant à parler exagérément fort comme tout bon sicilien. Ça lui a pris environ 52 secondes pour démonter la manivelle, resserrer le pédalier et remonter la manivelle. 
J'ai envie d'hurler "Spremutto" je ne sais pas si ça veut dire quoi que ce soit, c'est juste pour exprimer ma joie avec quelque chose qui sonne vaguement italien. Avec une consonnance de suprême. 
On a échangé un trop bref quart d'heure  où j'enchaînais les "capito", "no capito"
Et il s'est payé d'une poignée de main et d'un franc sourire. 
Je suppose qu'avec ces 5 mousquetaires j'aurais découvert une autre Sicile, celle des humains, pas les clônes au sourire berlusconien. Mais je n'en sais rien, je suis parti, avec rien que mon imaginaire pour arroser mes certitudes. Mais sans le grincement qui rythmait ma route. 

mardi 16 mai 2017

Ébarbez-les


Quand on débarque en Sicile, on est accueilli par les odeurs de fleurs d'oranger, d'artichaut, de fenouil et d'acacias mêlées. 
On découvre des vieux aux lunettes carrées, fumées et plus grosses que leurs pommettes. 
Ça ressemble à Don Corleone et ça sent la cosa nostra. 
Des barcasses au bruit de mobylette balaient la mer de faisceaux ras-de-l'eau, aux mouvements rapides et précis comme un danseur Géorgien 
On s'attend à ce que déboule une fiat mini toit ouvert aux cris des "aiuto, aiuto !"  A voir Jean-Marc Barr ou Jean Reno sortir de l'eau. 
On est émerveillé par la profusion des couleurs. 
Tout pousse ici : des amandiers, des néfliers, des processions religieuses pour chaque saint, chaque village, plus exotiques que fanatiques. 
Des orangers, des citronniers. 
Quoi de plus ennivrant qu'au milieu d'une côte, le gosier desséché, ramasser sur le bas-côté le citron qui aura profité d'un chaos pour sauter du cageot. 
Le couper aussitôt et s'en enduire le goulot. 
J'ai bien dit sur le bas-côté, parce que ce qui pousse surtout ici, comme partout en Europe, ce sont les barbelés. 
Les propriétés privées et les défense d'entrer. 
Le repli sur soi, la peur de l'autre, et leurs corollaires mobiles : les voitures à bon marché, individuelles et sous-chargées. 
Tout ce qui fait les choux gras des financiers. 
Et dans quelques jours, leurs rois des rois, le G7 arrive à Taormina. 
Aaaaah si tous les actionnaires du monde voulaient bien se donner la main, et bien au moins, on saurait où mettre la bombe. 
D'ailleurs sur votre prochaine déclaration d'impôts, à la rubrique "personnes à charge", n'oubliez pas de mettre tous les actionnaires de bnp paribas, de vinci ou de coca-cola. 

Et je me prends à rêver que le géant Etna qui surplombe Taormina entre en colère dans cette nuit du 26 au 27 mai 2017 et fige les sourires mortifères de ces G-septeurs sous une nuée de pierres ponces.


lundi 15 mai 2017

Étables balnéaires


L'impression que les Siciliens passent sans entre-deux d'une jeunesse hâtive d'un avenir à une vieillesse qui prend son temps, qui a tant connu tous les vices humains et se les aient pardonnés, que seul lui importe le présent. 
Comme un yaourt. 
Que se passe-t-il du 7 au 8 à minuit dans le pot d'un yaourt périmé le 7 ?
Non que les vieux d'ici ou d'ailleurs soient périmés, sauf peut-être Alain Juppé mais même jeune il devait l'être. Et Macron nous prouve encore que des idées peuvent être avariées avant même d'avoir été bonnes. (Ou d'avoir été tout court car je ne sais pas si on peut appeler "idée" ce ramassis de vide jalonné du mot "projet" brandi comme un étendard par un pantin hystérique ?)
Que les seuls qui naviguent dans cette nuit qui articule la veille au lendemain ce sont les touristes. A l'air triste. Ça a toujours l'air triste un touriste. On devrait les appeler des toutristes d'ailleurs. Un cône de glace à la main, l'oeil bovin. Je parle ici du bétail parqué de l'industrie agraire. Pas de ces vaches d'Anatolie qui ont le regard brillant de celles qui n'ont connu comme seule entrave que le collier de fleurs tressées que les enfants du village leur ont enlacé autour des cornes. Ni barbelés, ni enclos. Qui paissent paisibles sous les feuilles jaunes des peupliers et boivent au torrent. 

Et comment le leur reprocher à ces touristes amassés d'être tristes à s'entasser dans ces étables balnéaires où tout est fait pour les traire, gavés de mauvais foin ordinaire ?
Est-ce l'étable qui fait le boeuf ? 
Éternelle question de la poule ou de l'œuf. 





A la lumière noire des flammes


La France c'est le pays de quoi déjà ?
Des Lumières ?
J'ai bien peur que leurs flammes chaudes et bienveillantes se soient éteintes au PROFIT d'autres, glaciales au blanc immaculé en leur centre, bleues à gauche et rouges à droite. 

Entre un doux fascisme décomplexé qui ne dit pas son nom et un autre qui ose à peine le dire. 
J'apprécie le tour de passe-passe, pourtant grossier et 100 fois vu, des médias et de leurs patrons qu'ils soient fabricants d'armes ou géants du btp. Grands chefs d'entreprises dont le seul client est l'État, aux organes de presse tous déficitaires, eux qui sont si pragmatiques et savent que la nature de la vie est le profit. 
La recette est pourtant simple et servie réchauffée à chaque fois : la décharge émotionnelle qu'occasionne la peur. 
Inventée par les socialistes dans les années 80, voire même bien avant, je n'étais pas né et les livres d'Histoire ne racontent pas ces choses-là, ils sont toujours écrits par les vainqueurs. Leur grand communicant Jacques Séguéla , avant de faire rater leur vie à des millions avec ses rolex, avait lancé une super idée. Pour combler le vide des non-propositions à la rose, il fallait faire monter l'extrême droite pour dissoudre les voix du camp d'en face. 
Hop on fait vrombir les sirènes de l'insécurité, de l'inéluctable et des nationalismes, on brandit l'épouvantail terroriste à grands coups de médias au moins complaisants sinon complices. 
Toujours surpris que ces vieilles formules éculées marchent encore, le juif au nez crochu le couteau entre les dents, le bruit des bottes bolchéviques sur les champs-élysées, etc, etc....
Et entre 2 tours, on cesse d'agiter les épouvantails, on parle d'Europe, de pragmatisme économique. Une nouvelle fois la peur, cette fois-ci celle de l'autre extrême, parachève le tableau. Et zouplaboum le meilleur garant de la stagnation du profit des puissants est élu et la "chose publique" peut suivre son cours....
Merci messieurs-dames d'avoir accepté de jouer à ce jeu de dupes, vous pouvez retourner trimer, on s'occupe de vos loisirs. 

Sauf qu'un jour à force d'être réchauffée, la marmite va finir par coller à la flamme. 

La démocratie s'arrête là où commence la publicité. 


Stephen dronval

Route Mistretta-Ceramì

Sur le bas-côté de cette montée à 15%, un panneau de signalisation me rappelle, arrogant, de ne pas dépasser les 30. 

Et c'est heureux sinon, grisé par les 35 degrés, aurait pu me prendre l'idée de remonter sur mon vélo et d'enclencher le grand plateau !

Du coup, sagement, je reste à 4 km/h et 240 pulsations/minute. 


Chaque tache d'ombre est prétexte à s'arrêter, chaque fontaine à s'abreuver. L'eau fraîche avec laquelle je m'arrose le crâne est déjà chaude en arrivant au cou. 

C'est l'été sans le printemps. 

La dolce vita

Bella ciao

I tutti va bene




dimanche 14 mai 2017

Mistretta

La voiture, ce progrès du XXe siècle, devenu cancer. Ses métastases se sont répandues partout. Le XXIe n'est pas sérieux, il n'a que 17 ans, il devra se défaire de cette tumeur s'il veut grandir et vivre centenaire. 


La via e bruta ! 

Les personnes qui accueillent le voyageur avec enthousiasme sont toujours plus enclines à le guider vers ce qui fait leur fierté, ou ce qu'ils pensent être l'attendu. La démonstration de leur modernité ou les illustres antiquités. En demandant des détails sur la route qui mène à Nicosia, plus pour s'exercer aux 4/5 mots que je connais et espérer les étoffer, tous me disent que "la via e bruta" (la route est rude, chaotique) avec une moue désolée. Que je ferais mieux de descendre prendre la route de la côte, qu'elle est neuve, qu'il y a la mer, la cathédrale de Cefalù, et caetera. Ce qu'ils ignorent, c'est que c'est justement parce que la via e bruta qu'elle est agréable. Parce que les cassis imprécis font que peu de voitures s'y aventurent. Que pour le cycliste souvent cantonné aux bas-côtés et à ses ordures, ses graviers et ses limites imprécises, seule suffit une bande de voie damée de 3cm, même pas bitumée. Qu'aux voitures qui te frôlent l'épaule gauche, on préfère serpenter entre les trous sur toute la largeur de la route. Parce que sur ces routes les seules voitures qu'on rencontre sont celles qui soulagent le paysan, l'artisan de la corvée. De celles qui maintiennent la ruralité en vie. Et qui prennent la mesure du temps, hors de l'allure effrénée de celles si pressées de rattraper la mort. 



Stephen dronval

Palermo

En arrivant à Palermo, cette odeur pareille à tous les ports (du monde ?) que j'ai pu visiter. 

Le havre, Rotterdam, Marseille, Limassol ... et bien sûr Saint-Nazaire où je suis né. Cette odeur mélangée de mazout et de céréales fermentées. Cette aigreur familière qui joue pour moi le même rôle que la madeleine pour d'autres. 



Stephen dronval

jeudi 11 mai 2017

Rencontre à la cloche


J'ai parfois l'impression d'être un clochard, comme ce soir à Gênes, attendant l'heure d'embarquer, je trouve opportun de cuisiner mes lentilles-carotte-oignon sur le parvis désolé du porto passengieri, entre une croisée d'autoroutes et un centre commercial dans un bac à plantes qui a perdu de sa superbe il y a bien longtemps, si tant est qu'il en ait eu. 



Quand arrive Moktar, un Tunisien replet et accorte, intrigué par mon déballage. Il bredouille quelques mots de français, plus que moi d'italien ou d'arabe. 
Il me demande un peu d'alcool pour alimenter son ingénieux réchaud de fortune fait de 3 briques, d'une vieille boîte de sardines trouvée au milieu du parterre, et d'un vieux mouchoir en papier que j'arrose de "bio-éthanol". 



Décidément le coin est prisé des cuistots d'infortune. 
Avec son compagnon Zehaïé nous partageons nos repas, quelques cigarettes et un verre du magnum de mauvais vin italien, "il rubicondo", qu'ils débouchent en poussant bien fort le bouchon à l'intérieur. Leur plat en sauce tunisien dont je n'ai pas retenu le nom est délicieux (concentré de tomates, harissa, aubergines, petits pois et un gros piment qui flotte par-dessus, mangé en trempant une quigne de pain rassis dedans). Leur salami de cheval un peu moins. 
"Mange, mange !"
"Grazie, grazie" avec force gestes pour combler nos lacunes respectives, surtout les miennes. 
Ces 2 vagabonds ont en effet écumé le pourtour de la Méditerranée. Presque partout ils se sont fait chasser par la fameuse hospitalité européenne à grands coups de PAF. Police aux frontières. 
Moktar est dans l'import-export, il passe une dizaine de jours en Tunisie, une autre en Italie, et charge sa maigre fiat cinquecento de marchandises rares de chaque côté. 
100 dinars la traversée, 250€ me convertit Zehaïé. Je n'ai pas vérifié le taux de change mais je crois sans peine que c'est cher. 
Moktar a sa carte de séjour italienne permanente. Zehaïé, rien. Après avoir vécu clandestinement 5 ans à Ajaccio, il me demande si je sais comment lui obtenir des papiers. Les 2 mains ouvertes au niveau de la taille dans un haussement contri des épaules, je lui exprime mon désarroi, Moktar lui répond : "une femme, y'a que ça". Je ne dis rien mais pense : "Et encore....."
Ils connaissent les représentants politiques de France mieux que moi n'importe quel autre pays. Me glissent que Chirac comme Hollande n'étaient pas si mal, que Sarkozy méritait des baffes et que Marine lepen est folle à lier. 
Leur bateau est samedi, on est mercredi, ils vont attendre 3 jours sur ce parvis, gardant toujours un sourire un peu désabusé que je fige avant de les quitter. 



Je me sens un peu démuni de ne pouvoir les aider dans leur quête d'une identité "officielle " documentée, autorisée, que par un souhait de bonne chance. Frontières infranchissables pour eux, tandis que mon passeport français me les ouvrent toutes ou presque. Comment ne pas éprouver de la honte à exhiber ce sésame. 
Des ponts plutôt que des murs. 
Frontex de merde. 
De mort. 
De mac. Ronds, Donald, intosh à pomme cultivée par les uns, croquée par les autres. 
Appels d'air, migrants d'un côté, expatriés, voyageurs, touristes de l'autre. 



Ciao ciao Genova, embarquement imminent


















Stephen dronval

mercredi 10 mai 2017

Départs, des faux, un vrai


Départ en fanfare de la gare de Nantes ce vendredi 5 mai. Lever 5:30h pour départ 7:13h vers Péage-de-Roussillon. 3 minutes pour rejoindre la gare.....pas de précipitation....pas assez. Le chef de quai a sifflé le départ quand j'arrive, il refuse que je monte. Aurélien, Amélie et Philaë qui sont venus me faire la surprise d'un au-revoir sur le quai sont les témoins de ma (1ère) déconfiture. 
Et heureusement qu'ils étaient là. Il et elles. 
Parce que bien évidemment pas moyen de prendre un autre ter (qui permettent de monter dans le train avec son vélo entier et roulant) avant 3 jours. 
La seule option est de prendre un tgv dans lequel il faut démonter son vélo et le mettre dans une housse.... que je n'ai pas. Aurélien me propose la sienne qu'Amélie retourne chercher pendant que je démonte mon vélo dans la gare. 
Me voilà avec 6 sacoches plus une housse de 30 kg. 
Après négociations avec le personnel de la gare pour ne pas faire exploser mes bagages que je n'abandonne pas comme pourrait le considérer vigipirate et tous ces militaires en armes qui font flipper plus qu'ils ne rassurent. 
État d'urgence, vigipirate, mitraillettes en bandoulières qui arpentent les rues, réponse disproportionnée des forces de l'ordre à grands coups de gaz et de canons à eau dès que 10 clampins se rassemblent....vous avez dit qu'en France on vote à droite ? 
Droite extrême même ? 
Et pendant ce temps-là, les souris élisent des chats....
Donc au bout de 2 allers-retours du hall au quai chargé comme une mule, je charge tout mes bagages, tous dans le train. 
Il me reste 15 minutes.
Ouf
Je souffle 
Et descend sur le quai me dégourdir avant les 6h de trajet. 
Et là, 
c'est le drame. 
Devant mon nez part le train dans lequel j'ai tout. 
Toute ma vie pour ces prochains mois. 
Ne me reste plus que mon téléphone et les clés de mon antivol. 
C'était le mauvais quai !!
La bouche m'en tombe. 
L'imagination carbure à plein. Échaffaude environ 20 milliards de possibles. 
....Demander aux agents de quai....
Ils ont été super. 
Ils ont cherché où ce train pouvait s'arrêter et le mien aussi. 
Angers. 
Appel à leurs collègues d'Angers, je leur dicte la liste de mes bagages et où ils sont répartis dans le wagon. 
Et je monte dans le bon train, en espérant bien fort qu'ils réussissent à tout récupérer. 
Après ce double faux/départ, un moment d'euphorie me parcourt. 
Être libre de tout, plus rien, plus de chez-moi, même mobile, plus d'argent, plus de papiers, plus de fringues.... la vraie vie de bohème. 
Le contrôleur vient m'annoncer que ses collègues d'Angers vont m'attendre avec tous les colis sur le quai face à la voiture 18, la mienne.....
Auront-ils tout pris ? Spécialement la sacoche avec tous mes papiers ? 
Boire un café au wagon-restaurant, une serviette l'accompagne sur laquelle il est écrit : 


Arrivé à Angers 2 bons gaillards bien aimables m'attendent avec un grand sourire et tous mes bagages. 
Merci merci merci. Aux agents du service public de la SNCF (et pas forcément à la régie institutionnelle qui continue de ne rien faire pour faciliter les accès vélo). 
Quand je pense que les Français ont voté maqueron, le peine et fion. 
Et les moutons choisissent les loups comme berger. 

Donc cet article est celui des mercis. 
Merci à Loïc pour m'avoir hébergé ce dernier mois. A Amelienaë pour le soutien au départ. Aux agents de la sncf pour leurs efforts et leur sympathie. A Alexandre pour m'avoir recueilli à l'arrivée. Merci encore à Rémi et Maël de sardines à vélo (meilleure adresse de vélociste à Nantes) d'avoir bataillé pour ne pas me laisser partir avec un vélo clopin-clopant. Et à tou.te.s celleux qui m'ont envoyé des petits messages. 




Stephen dronval