dimanche 25 juin 2017

Exotisme véhiculaire




De tous les véhicules que j'ai croisé dans les pays que j'ai pu traverser, je dirais que la palme de l'ingéniosité revient aux Albanais. 
Avec des greffons soudés de morceaux à priori incompatibles, ils te font des engins avec l'avant d'un motoculteur, 2 fauteuils de 4L et un cul de charette ou de tricycle. Avec 2 scooters délabrés et une brouette ils te font une camionnette. 
Et la palme du chargement revient aux Turcs. 
À part à Istanbul, je n'ai pas vu une voiture avec une seule personne à bord, ou alors c'est que la cargaison ne laisse pas de place humaine, et encore.... toi en tant qu'Européen, tu crois qu'il n'y a plus de place... y'en a toujours assez. 
Aujourd'hui j'ai vu une peugeot 309 avec 11 personnes à bord dont 4 adultes. 
À l'avant, sur 2 sièges, on peut facilement en caser 5. 2 par fauteuil, dont un gamin entre les cuisses du pilote, plus un 5e sur le frein à main. Et à l'arrière en superposant, on en cale aisément 6. Peut-être même qu'il y en avait un ou deux dans le coffre ?

Ombre et compagnies


Sur ces plateaux d'Anatolie centrale, l'ombre est rare. 
Et en juin, pas question de compter sur le ciel comme salut, pas un nuage pour égayer ce bleu immaculé. 
Qui dit ombre, dit arbre, et il en est bien peu pour amener quelque verticalité dans ces horizons courbes de blés qui font vibrer l'air au-dessus d'eux. 

Je quête les bosquets, de peupliers ou saules, chacun avec son inconvénient. 
Le peuplier est si fusiforme qu'il a peine à retenir ce soleil vertical. 
Le saule est plus étoffé mais sous la chaleur transpire autant que moi, d'une sève poisseuse. 

Qui dit arbre, dit eau, qui rajoute un peu de fraîcheur, et qui dit eau, dit troupeaux. 
Et cette ombre précieuse, aux heures les plus chaudes de la journée, c'est-à-dire de 7h à 23h, qu'on réduit de 13h à 17h, histoire de pouvoir faire quelque chose, il faut souvent la partager. 

L'âne est, encore une fois le plus commode de tous, même s'il est tellement malicieux que quand le sommeil arrive, il a tôt fait de te mordiller l'orteil ou t'ôter ton chapeau. 

Les vaches, passent encore, un peu farouches au début, elles s'enhardissent de ton silence et viennent te souffler de leur gros mufle une énorme bouffée d'air chaud et humide pour t'humer dans un grondement guttural, allant parfois jusqu'à oser la léchouille. 

Les oies nécessitent un peu de diplomatie auprès du jars si elles sont déjà sur place, si tu es le premier, c'est elles qui arrivent à petits pas. Tout comme pour les dindons, un peu bruyants, on doit se faire à leur fientage sans retenue. 

Mais le plus désagréable, le seul qui peut me faire changer d'ombrage, c'est le troupeau de mouton. L'odeur de suif, c'est tenace. Et encore quand ils viennent d'être tondus, le suif frais passe à peu près, mais quand ils trainent 8 mois de suint, l'odeur m'écœure. 

Et les troupeaux ne sont pas le pire, ce sont leurs compagnes, les mouches. 
Je défie quiconque d'arriver à faire une sieste, avec ne serait-ce qu'une seule mouche, dont les refuges favoris sont les narines et les oreilles et qui a comme sournois plaisir ultime celui de venir te suçoter le coin de l'œil. 



Je suis plutôt évolutionniste que créationniste, mais la mouche arriverait à me faire douter. De quelle dégénérescence du vivant peut-elle être l'évolution ?





La mouche a été créée pour importuner l'humain, j'en veux pour preuve que de toutes celles qui volettent autour d'un troupeau, les plus nombreuses sont autour du berger.

J'aimerais un jour avoir ce qu'il faut de pugnacité, de sérénité, de placidité ( je ne sais pas ce qu'il faut tant j'en suis loin) pour arriver à sommeiller en accueillant une mouche dans ma narine. 
De mon vivant. 

samedi 24 juin 2017

Olympisme ordurier


Bord de route
Vallée fruitière de guerre agraire 
Bidonvilles de matières humaines échouées
2 chaises vides, pick-ups trémoussant
Une occupée
Elle s'offre en proie, n'ayant rien d'autre à troquer
À ces hommes mieux placés et qui ont faim
Faim d'une femme comme d'une poule un chien abandonné que l'hiver affame. 
Chien sans maître. 
Sang, sang disent....
110 mètres, hey ! 
10 fois sautées. 
Mais dalle d'argent. 
Seconde pelasse. 
Peau lisse, peau lasse. 
Police et PAF
Retour à l'envoyeur 
On jouit aux limbes. 
Hic !
5 anneaux enlacés, esclaves en bracelets. 
Aux bras si laids. 
Pas un à se mettre au doigt. 
A l'annulaire
L'anus à l'air
Et embrasse-les

Holy motors, priez pour nous

Depuis mon départ à chaque fois que j'annonce ma destination, les retours sont les mêmes :

"Mais tu n'as pas peur ? Des terroristes ? De rencontrer des fanatiques ?"

Mais tous les jours j'en croise !

Par milliers. Dans leurs armures d'acier. 

Ils filent comme des balles à 8 cm de mon épaule gauche. 

Leurs klaxons m'explosent les tympans comme des obus. 

Cent fois par jour j'ai peur de ces dingues. 

De cette folie si coutumière, si ordinaire qu'elle en est devenue norme. Et que celui ou celle qui tente de s'en extraire devient le fou. 

Bienvenue au grand bal des klaxons. Si jamais l'un d'eux s'arrêtait, là je pourrais le devenir et il entendrait mes claques sonner et résonner au revers de son crâne. 

J'ai peur du terrorisme pétrolique plus que de tout autre. De ces dégénérés sur 4 roues qui hurlent vers la mort "Fina uh akber". 

Ave Exxon qui êtes aux cieux. 

La nouvelle religion monothéiste qui sanctifie le profit comme L'Unique a comme premier apôtre, le pétrole. 

Huile de roche mon amour, en ton nom chaque jour, combien de sacrifiés, de portion de planète brûlées ?


Petite mise au point, sans rien chercher à excuser ni à minimiser le drame subi par ces victimes : 

En France en 45 ans de terrorisme boumboum, le terrorisme officiel, 435 victimes (source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/). 2015, année faste, 175 morts. 

En France, rien qu'en 2016, le terrorisme pétromobile a tué 3469 personnes (source :http://mobile.lemonde.fr/securite-routiere/article/2017/01/23/le-nombre-de-morts-sur-les-routes-en-legere-hausse-de-0-2-en-2016_5067697_1655513.html) . Et je ne parle pas des centaines de cadavres de hérissons, chiens, chats, oiseaux ou serpents que je vois chaque jour et qui ne sont pas comptabilisés. 

Ni même des estropiés à vie, mutilés, comateux perpétuels ou légumisés.  


Dans le monde, en 2014, année faste du terrorisme boumboum, 43000 victimes décédées. (Source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/)

Cette même année, le terrorisme routier a tué 1,3 millions de victimes (souce : https://www.planetoscope.com/mortalite/1270-mortalite---morts-d-accidents-de-la-route-dans-le-monde.html)


La majorité des attentats terroristes dans le monde est imputé à des organisations islamistes, qui trouvent leurs financements principalement des revenus du pétrole. 


Est-ce que ça vaut bien de faire pendant des jours du matin au soir la une de tous les journaux, papiers, télévisés, radiophoniques pour des faits "anecdotiques" qui toute proportion gardée devraient se situer juste après les cours de la bourse, puisqu'on lui accorde tant d'importance, on en verrait mieux les implications, juxtaposés. 


Est-ce que ça vaut plus que de mettre en avant les drames ordinaires ?

En France un agriculteur se suicide tous les 2 jours, pourquoi ? 

Est-ce que quand on aime son métier, la terre que tous les jours on foule, on ne supporte plus de la voir malmenée, par soi-même au prétexte que crédit agricole et consorts t'ont fait croire que le poison pétrochimique est rentable ? 

Et que quand on a mis un doigt dans l'engrenage et qu'on y est jusqu'à l'épaule on ne trouve plus pour s'en extraire d'autre acte de bravoure insensée que de se sacrifier ?


En France en 2014 ( source : http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2016/01/29/les-violences-faites-aux-femmes-en-chiffres_4856289_3224.html) 134 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints. Passée la décharge émotionnelle du "bouh, c'est pas bien !", pourquoi ?

Comment en vient-on à expulser une colère sourde sur la personne vulnérable la plus proche de soi ? 

D'où naît cette colère ? 

Comment en France, en 2017, dans un pays qui fait circuler les gens à 100, 200, 515, 900 km/h, en envoie d'autres dans l'espace, fait circuler des informations à des vitesses proches de la lumière, peut-on avoir des gens dont la colère ne trouve d'exutoire que dans la violence domestique ou la furie pétromobile ?

Et l'on s'en va le dimanche en famille, entre amis, tuer la pacotille. 


Pourquoi les médias accentuent le drame islamiste et taisent quasiment le drame ordinaire ou l'attentat pétroliste ?


Quand viendra le Nüremberg du pétrole, et que sera enfin qualifié cet écocide, ce crime contre la planète, les complices ordinaires ne pourront plus dire "mais tout ce que j'ai fait c'est de faire le plein pour aller travailler" ni même "mais je ne savais pas que mes gaz d'échappement tuaient autant"

Et j'espère qu'un jour des groupes scolaires visiteront des stations-service comme on visite Auschwitz ou Buchenwald. 

Qu'on parlera d'une plateforme pétrolière en baissant les yeux de honte comme on parle du vél-d'hiv. 

Qu'on dira traite de l'or noir comme l'abjection qu'elle est. 

jeudi 22 juin 2017

Un con prête attention

Je ne comprends pas. 

Je n'comprends pas les principes de transports internationaux. 

Je ne comprends pas que pour envoyer un petit colis d'Istanbul en France en mode "économique" qui va prendre 3 à 4 semaines coûte 22€ quand on peut recevoir 3 jours après l'avoir commandé un gros paquet du bout du monde sans frais de port. 

Que ce même paquet allégé de moitié, coûte depuis Bari, 4 fois plus cher. 

Je ne comprends pas que le cadre de mon vélo acheté aux états-unis 500€ sans frais de port, coûte, vélo complet 900€ pour le rapatrier de Chypre en France. Chypre où toutes les compagnies du monde surtout des transsss-ports sont basées. Que de ce même Chypre après avoir fait rire la compagnie à démonter ce vélo pour le faire rentrer dans le ridicule carton d'envoi, après que le chef d'agence soit venu tout compréhensif parce que lui aussi fait du vélo, ce même transport passe de 900 à 400€. 

Je sais que dans le jargon du commerce je suis ce con, ce qu'on peut appeler une bonne poire. 

Niveau marchandage je suis plus mauvais qu'une endive. 

Je sais que je suis un imbécile mais quand même, je ne comprends pas qu'un fruit qui ait poussé dans le sud de l'Espagne avec des produits de Suisse ou d'Allemagne depuis des phosphates du Pacifique sud, qu'il soit allé se faire conditionner en Autriche, parti dans un centre de gros à Turin et détaillé dans un marché "d'intérêt national" en France arrive sur l'étal du commerçant 2 fois moins cher que celui qui a poussé quasiment dans son jardin. 

Je ne comprends pas pourquoi ces produits médiocres, polluants et manifacturés à bas coût par des ouvriers du sud-est asiatique, ont le droit de traverser 20 000 frontières et sont accueillis à grande joie, quand ces mêmes ouvriers n'ont pas le droit d'en franchir une. De frontière. Et quand ils y arrivent, clandestins, l'accueil est plutôt aigre. 

Je ne comprends pas et j'aime bien comprendre... Pour ne pas m'apercevoir que de ces chaînes de bouh, de baaah, de pas bien. Des massacres de Syriens aux génocides des ours polaires. Que de cette chaîne, j'en suis un des maillons. 

Et que j'aime bien comprendre pour éroder mon maillon. 

Et que peut-être, maillon après maillon, une chaîne se défait....

mardi 20 juin 2017

Ecole à Godot

En Macédoine j'ai demandé plusieurs fois s'il y avait école tant je voyais de gamins à toute heure dans les rues. 

À chaque fois la même péripétie pour distinguer l'école" bâtiment " de l'école "enseignement ". 

Mon Allemand est au moins aussi médiocre que le leur, et nos 2 médiocrités ont bien du mal à s'accorder, l'Anglais leur est inconnu. 

Mais à chaque fois on me répondait que si, si il y a une école, pas dans cette rue mais "là-haut" ou "là-bas". 

"Non ce n'est pas les vacances"

Je soupçonne que l'école en Macédoine soit comme l'Islam en Albanie : on y croit, on en entretient les bâtiments, mais personne n'y entre. 

lundi 5 juin 2017

Apatride


En le traversant je me suis dit que j'aurais aimé dormir dans ce corridor vert d'à peine 1km qui sépare le poste frontière Albanais du Macédonien. 
Juste pour savoir ce que ça fait de passer une nuit sur terre dans aucun pays, sous aucun drapeau. 
Ni habitant, ni exilé, ni voyageur, touriste ou expatrié. 
Juste un Terrien. 

Loup

J'ai vu un loup. 

Pour la première fois de ma vie. 

Oh bien sûr il n'avait pas le standing d'un T-shirt de Johnny ou l'aérographe d'un camionneur, cou tendu vers le clair de lune sur la pointe d'un rocher. 

Il était même un peu miteux et faisait presque pitié quand je l'ai aperçu au détour d'un virage. 

Mais sans pouvoir dire trop pourquoi, presque aussitôt je me suis dit "tiens, un loup" en effaçant aussi vite cette pensée absurde, que je puisse en voir un, surtout d'aussi près. 

Il faisait d'autant plus pitié qu'il rognait sur le bord de la route les restes d'une boite de pâté oubliée d'un pique-nique. 

Ça me file toujours une pointe au coeur chaque fois que je vois un animal rogné les déchets d'humain à part les poules et les cochons qui sont prévus pour. Un animal sauvage encore plus. 

Je me suis arrêté en face, de l'autre côté de la route mais au plus près. Avec ressurgie la pensée qui déroulait d'indices que c'était bien un loup. 

Il était grand comme un gros husky. Maigrichon. Le poil hirsute sur les flancs et la queue bien gonflée. 

Je suis resté le regarder un moment. 

Il m'a lancé 2/3 regards. Ce qu'on appelle LANCER un regard. 

Et quel regard. 

Là plus aucun doute c'est bien un loup. 

C'est pas tant dans la couleur des yeux, déjà incroyable, un bleu intense comme si de la lumière lui sortait des orbites. C'est plus dans l'intensité, la profondeur insondable à décimer toutes les sagesses domestiques. Décimer dans le sens faire descendre de leurs cîmes, de leur piédestal. 

J'en avais vu un autre presque aussi puissant, à Librazhd, en Albanie, ville qui m'a filé la nausée. Une femme, sosie d'une sorcière de Disney, menton plus long que le nez, verrue, fichu sur la tête, voûtée, avec comme canne un bâton noueux. Elle est venue me mendier quelques pièces, je lui aurais bien donné 2 ou 300 leks, rien que pour l'intensité bleue de son regard, mais je n'avais en poche qu'un billet de 2000 et je suis à peu près sûr qu'elle ne m'aurait pas rendu la monnaie. 

Bref, j'ai vu un loup. 

Un loup mendiant, avec le même regard que cette femme, mendiant. 

Choisir son départ


Ce sont les 2 premiers pas les plus difficiles. 
Le premier car il faut aller vers l'inconnu, sortir de ses habitudes, d'un confort parfois devenu inconfort et qu'il est comme un fruit, pas évident à cueillir à matûrité. 
Parce qu'on se trouve toujours 100 raisons de le reporter, certaines en sont, des raisons, d'autres surtout des peurs qu'on n'ose regarder et des noeuds d'habitudes à défaire. 
Comme pour certains noeuds marins, c'est parfois en allant dans le sens qu'on n'entend pas qu'il faut amorcer pour les dénouer. 
Le second parce que la tentation du regard en arrière, fût-ce dans le rétro, est forte. Et que celui-ci est douloureux, qu'il crispe la gorge et noue les tripes. 
Surtout ne pas s'arrêter. 
Ne pas se retourner, ce n'est pas parce que l'on quitte qu'on oublie, sinon on reste figé, tiraillé entre un avant et un après sans être à maintenant. 
Ensuite c'est de l'élan. 
Non que ce soit toujours simple. 
Tu rencontreras tes propres peurs, de la tristesse voire du chagrin. 
Tu croiseras les regards suspicieux de ceux qui n'en comprennent pas la raison. Car il n'en est pas mais que l'esprit humain est ainsi fait qu'il lui en faut trouver. 
Ne te sens pas coupable, jamais, surtout face à cette incompréhension, tu ne ferais qu'étayer leur suspicion. 
Si jamais la culpabilité te prend, ne l'affiche qu'à quelqu'un.e en qui tu as entière confiance et qui sauras te l'ôter.
Parfois l'écart de compréhension réciproque n'est que de quelques pas, et la rassurance revient en peu d'échanges bienveillants. Parfois le fossé est tel qu'on ne peut que passer son chemin en lançant un signe de tête ou de la main qui apaisera la furie en folie douce. Moindre mal. 
Mais surtout au détour d'un croisement ton œil aura changé sans que tu t'en aperçoives, et alors que tu crois t'être égaré, contrairement à la perte de soi qui préside au départ, en fait tu te retrouves. 
Le départ est une naissance. 
Il en est des contraintes et forcées, comme celle qui nous fait "voir le jour" et d'autres choisies. Ce qui ne veut pas dire qu'elle se fasse sans efforts ni douleurs. 
Comme chaque naissance il est un seuil à franchir. 
Un seuil de peurs et d'inconnues. 
Le seuil qui nous fait quitter un cocon de douceur, sans qu'on se rende compte, tant qu'on est dedans, qu'il est aussi un carcan. 
Et c'est seulement lorsqu'on accepte d'ouvrir les yeux et les poumons. 
De respirer derrière cette porte.
Seulement après qu'on peut apprécier. 
Si on refuse de franchir ce seuil, on étouffe aussi sûrement qu'une pomme-vapeur. 
Ce sont des portes qui ne se referment pas dès qu'on les a ouvertes vraiment. 
Et le fil qu'on déroule derrière soi continue de tisser son wampum. 
Si on se retourne sur le pas de la porte, on ne peut quitter le passé et apprécier le seul présent qui vaille, celui qui nourrit demain, sans l'anticiper. 

Albanie 7

J'agglutine à l'Anglais qui me paraît international à l'Italien que plus connaissent. Et je saupoudre les manques de quelques mots français dont je me surprend après l'avoir dit d'en avoir alangui les r en l et arrondi les u en ou. Comme si, malgré moi, j'avais fécondé ma langue maternelle avec la patrie de mes interlocuteurs, pour accoucher d'un espéranto improvisé. 

De la France, je m'étonne des villes qu'ils en connaissent : Montélimar, Monte-pellier, Larochelle, Vitré ou bien Salons-de-Provence parce qu'ils y ont un temps travaillé. Eux ou un frère, un fils ou un cousin, jamais une femme. Certains Ma(r)seille dont ils connaissent le vélodrome d'un Albanie-France de 2016. 

Ils m'en citent quelques illustres : Victor Hugo ou Ho-noré-de-Bal-zac dont les syllabes sont énumérées comme les plats d'un grand restaurant. Et partout ils en connaissent les légendes de par l'écran vert d'une retransmission télévisée : Platini, Zidane ou Thierry Henry, que des fils d'immigrés. 

vendredi 2 juin 2017

Albanie 6


En Albanie on compte nombre de mafias, j'ai été invité hier à manger chez un de ses parrains avec les flics qui sont son assurance. Je ne parle pas d'une de ces mafias transnationales qu'ici comme partout on trouve, vinci, vodafone ou partis socialistes. Celles-là ont comme mérite, tant elles affichent leurs couleurs, d'identifier à qui on ne peut pas faire confiance dans ce pays dont on ne connaît rien. Celles-là leurs parrains me sont inaccessibles. Non je parle des petites mafias de province, des bras longs et des petits services entre amis, dont les flics. 
Avec ces flics là au moins il y a moyen de s'entendre. 
Je ne parle pas de bakchich. 
Juste que le vernis de leurs illusions n'est pas trop dur à gratter. 
On peut discuter entre humains, malgré leurs képis. Képis que pour l'occasion nombre d'entre eux ôtent comme pour marquer la limite de leur autorité. 
Ils savent pourquoi ils sont là. Juste parce qu'ils ont fait un peu plus d'études que la moyenne et que l'uniforme leur permet d'améliorer un peu l'ordinaire. Sans avoir à marchander, à truander. Juste quelques menus services bien placés sans trop de répression. Pas d'idéologie ni d'endoctrinements. 
Loin des carapaces sans visages au cerveau atrophié qu'on trouve dans nos pays civilisés. 
Civil-isés mais militar-isés. 
Ceux-ci ne servent qu'à maintenir un ordre illusoire. Ils seraient d'ailleurs superflus, la télé s'en charge bien mieux, mais pour ne pas leur laisser paraître, on les envoie de temps en temps en rangs serrés tabasser quelques manifestants ou se divertir dans une bavure sur un Arabe. 
Sinon ils pourraient s'ennuyer. 
Et qui s'ennuie peut réfléchir. 
Et qu'on continue de les armer, il faut bien que Dassault ou Lagardère continuent de s'engraisser. 
Et cellui (celui ou celle) qui est armé et réfléchit peut renverser un pouvoir, ça s'est déjà vu. 
Donc on les occupe, on les divertit et on les endoctrine. 
Plus moyen qu'une quelconque raison vienne percer leur uniforme. 
Uniformes mités mis en forme d'unités. 

Albanie 5


En Albanie tout est à voir, excepté ce qu'on te montre. 
Si on te pointe quelque chose du doigt, regarde ce que cache l'autre main. 
Ils n'ont comme fierté que les vestiges d'un passé plus ou moins glorieux ou l'illusion d'un avenir à la modernité déjà dépassé. Alors que leur présent est magnifique, que ce qu'ils n'osent montrer est justement ce que je viens chercher. 
La richesse s'exhibe, ici elle est particulièrement ostentatoire. J'en suis une des attractions. Je suis l'exotisme qu'ils s'empressent d'inviter tant pour leur distraction que pour m'exhiber comme une richesse de plus aux voisins qu'ils invitent. 
La misère n'a d'autre choix que de se montrer. Pour subsister. Elle se trouve à la périphérie des villes. Pour en débarrasser les poubelles des canettes d'aluminium ou de bouteilles plastique qu'elle rassemble en gros ballots qu'elle va troquer contre quelques piécettes chez un moins miséreux à l'autre bout de la ville. La misère est dangereuse, parce que leurs estomacs toujours creux font de moi un repas, ou mon bagage au moins. Parce que je suis plus accessible que les forteresses dorées qui les oppressent. Parce qu'ils vendraient leurs dents, s'il leur en restait contre quelque chose à fourrer entre. 
Mais la pauvreté ordinaire, celle qui a le suffisant et à qui ne manque que le superflu, qui parfois le désire, mais souvent se résigne et se contente de considérer son voisin ou l'étranger comme un ami qu'aucun ne gagnerait à détrousser. Celle-là ne se montre pas et il faut s'écarter des gros axes pour les rencontrer, passer derrière les cours d'immeubles ou oser aller à l'ombre des cafés sans enseigne peu aguichant pour en trouver toute l'humanité. 

Albanie 4

La maison classique en Albanie se construit ainsi :

Dès qu'on a réuni 3 sous, on en construit la structure, au moins celle du rez-de-chaussée. Des piliers de béton armé qui en dessinent les arêtes, une chape par étage. Et on laisse dépasser les treillis métalliques pour des possibles extensions. 

Ensuite on peut laisser le chantier dans une latence qu'on croirait abandonné si ce vide abrité n'était occupé par quelques moissons à sécher ou des meules de chaumes de maïs et quelques poules, dindons, mulets. 

Dès qu'on a réuni 3 sous de plus, on comble les vides entre les arêtes par des rangées de brique qui forment murs pour peu qu'elles arrivent jusqu'au plafond. 

Arrive ensuite, avec 5/6 payes de plus, le temps des ouvertures. Portes, fenêtres, étage par étage qui peuvent être fermés sur plusieurs âges. 

Quand un espace est fermé, alors on peut l'occuper. On y plante quelques baquets qui feront office de salle de bains, une cuisine et un lit. 

Alors vient le temps des revêtements intérieurs. Ça aura pu coûter 10 années de sueur, mais là, faut que ça brille : 

Escaliers, marches et contremarches, en marbre poli orange et noir. Rampes en laiton ou chrome. 

Dalles de sol en marbre blanc d'un mètre de côté, qui reflètent comme un miroir. 

Canapé en velours de 4 mètres garni de coussins moëlleux pour manger autour de la télé constamment allumée, que quelqu'un soit dans la maison ou pas. 

Éventuellement on a pris soin de mettre un toit si jamais on est sûrs que la famille est complet, sinon la dernière dalle de laquelle dépasse les treillis et amorces de béton en fera bien office le temps que les enfants en aient à leur tour. 

Et surtout, surtout, plantés sur les toits ou en suspension de lui, le rempart contre le mauvais oeil, dont j'ai oublié le nom. 

Pour les traditionnels un épouvantail de 2 manches en croix, garnis de frusques qui font semblant d'être un tronc à quatre membres au sommet duquel on a garni une boule de chiffons d'un nez et surtout 2 yeux qui disent : quelqu'un est là et vous surveille. 

Les plus contemporains sont une peluche de Winnie l'ourson, Dora l'exploratrice ou peu importe qui d'autres, du moment que ça ait une vague forme humaine et surtout 2 yeux. 

Les Italiens ont remplacé ce folklore par des caméras de surveillance qui sont de la même supercherie puisque vraisemblablement personne ne passe sa journée et encore moins ses nuits à en regarder l'écran. 

À croire que les regards bienveillants de leurs saintes icônes partout présentes ne leur suffisent plus. 

Albanie 3


En Albanie le café est Turc, la télé est Italienne, la religion est Arabe et le rêve est d'Europe. 
Ses armoiries sont un aigle à 2 têtes, l'une vers l'orient, l'autre vers l'occident. 

Les Turcs ont laissé de leur passage, outre le café, ces bonbonnes d'eau sur les toits, auxquelles les plus fortunés ont ajouté un faisceau de tube orienté plein sud pour la chauffer. 
Ils ont aussi laissé des mosquées entretenues des fois que....par on ne sait qui....
Leurs portes sont ouvertes mais personne n'y entre. 
Jamais je n'ai entendu de psaumes sortir des hauts-parleurs de leurs minarets, ni croisé d'imam. 
De toutes façons si Allah existe il a dû moucher l'Albanie par sa narine gauche un soir d'angine doivent-ils se dire. 

Albanie 1


Les jeunes me regardent de travers, ils ne comprennent pas ce que je viens faire ici, eux qui de leur sous-marin, se croient minuscules et ne voient de leur périscope télévisuel que l'Europe majuscule qu'ils rêvent d'atteindre. Si je suis là, c'est donc, pour une obscure raison dans ce pays qui sent la mafia prospère et la corruption.
Les poignées de mains, rares, sont des 2 dernières phalanges effleurées du bout du pouce, hâtives et presque forcées. Tandis qu'en Italie, spécialement en Sicile, la poigne est franche, de toute la paume longtemps serrée et soutenue par l'autre main qui vient tâter l'avant-bras, le biceps voire l'épaule. Les vieux ont le regard plus doux, bien qu'au moins un oeil sur deux soit pourri (trachome ?)
Je pousse souvent mon vélo, non que la pente soit dure, c'est juste que ces routes que les cartes albanaises (tout comme google maps) disent carrossables, ressemblent plus à un lit de torrent saupoudré de poussière. Y pédaler me ruine les bras, les fesses et tout l'accastillage de ma monture. Par carrossable, s'entend suffisamment large pour y faire passer plus qu'un âne, ça ne tient pas compte du revêtement. Le cartographe qui en a relevé les reliefs devait être celui de l'empire Ottoman, les routes ont l'air de dater de cette époque, et n'ont depuis jamais été entretenues. 
Depuis 2km je joue à chat avec un paysan qui ramène sa vache à la maison. Car ici l'agriculture est encore tout ce qu'il y a de vivrière, les troupeaux se comptent sur les doigts d'une seule main à laquelle on en aurait amputé 2. Les récoltes et labours se font, hors quelques exceptions à la main, pliés en angle aigu au niveau des reins. Ce que je pensais être le sillon d'un vélo qui m'aurait précédé s'est révélé être celui de la corde de sa vache qui n'est prise en main que pour relancer l'animal qui sinon connaît la route par coeur. Il me dépasse dans les montées, je le dépasse dans les descentes. Nous n'échangeons que quelques signes de main et expressions de visage, n'ayant trouvé de langage commun. Presque à chacun de ses dépassements il sort son déjà antique téléphone mobile qui jamais ne sonne et hurle 2/3 mots dedans avant de raccrocher. Des mots sans écho juste pour me donner l'illusion d'une modernité, ou pour s'épargner la corvée de me parler, car j'ai vite fait de constater avec le mien qu'il n'y a pas de réseau. 
Des ponts de quelques madriers bouffés en équilibre précaire sur quelques IPN rouillés, il en reste toujours un bon tiers suffisant pour y jouer les funambules. Les quelques voitures et engins qui passent par là préfèrent le gué, un peu amont ou un peu aval. 

jeudi 1 juin 2017

Albanie 2

Les abords des routes en Albanie sont superbes. On est obligé de s'arrêter pour les contempler, la route en elle-même on ne peut la quitter des yeux, au risque d'y perdre quelques rayons voire la roue entière, les 2 manivelles à l'horizontale pour ne pas y tordre une pédale dans une ornière de rocailles ou éviter la glissade sur un dévers de poussière et d'y finir dans le ravin. 

On y trouve des érables gigantesques et tortueux, des fleurs par centaines, des oliviers sauvages et des horizons multiples, verts, vallonnés, vibrants. On y croise des tortues, des fouines et surtout des ânes. 

Quel bel animal que l'âne. Je ne sais pas s'il en existe de moche, des animaux, mais l'âne est parmi tous ceux qu'on dit domestiques celui qui a ma préférence. Malicieux, capricieux, courageux. 

Si j'avais à choisir un compagnon, j'aimerais que ce soit un âne. 

Pour un prochain voyage, si ce n'est en cabotant dans un voilier, je pense que j'irais à pied, un âne à mes côtés portant mon bagage et imposant le train comme les haltes. 


Peut-être qu'il faut être allé au-delà du supportable du progrès pour apprécier ce voyage en amnésie 

jeudi 25 mai 2017

Caméras


Potame
1100 mètres d'altitude, un peu moins d'habitants. 
Premier village à 20km, des lacets à n'en plus finir 
Et comme dans tout ce sud de l'Italie que je viens de traverser, pour garder un champ de chardons, 2 pêchers et 3 poivrons :


Alors que je déjeunais entouré de chiens faméliques abandonnés, une femme venue les nourrir me demande au bout de 2 minutes de conversation (on en vient toujours là !) si je n'ai pas peur ?
"Enfin ici ça va, mais dans les villes ?" me dit-elle dans ce qui lui reste de français de 44ans passés à Bruxelles il y a plus de 10 ans de ça. 
L'à-côté, toujours cet inconnu, que seul le filtre si peu lucide de la télévision vient éclairer. 
" Oh et vous savez, la France et la Belgique, c'est plus comme avant, avec tous ces extrémistes communautaires" poursuit-elle....
Je ne sais pas si elle parle des électeurs du fn...?
On devrait vraiment interdire la télé 



mercredi 24 mai 2017

À Messina

A Messina 

J'ai vu un bateau ferroviaire. Le train vert offert. Son bateau l'avalait et le vomissait par la gueule. 


J'ai vu un pêcheur de métier affréter sa barcasse splendide orange et bleue accolé aux géants des croisières entre 2 palmiers. Comme à chaque fois, je n'ai pas su lui parler plus qu'une dizaine de mots bredouillés. Sa nuit allait filer à ramasser ceux qu'il avait déposés. Je l'aurais bien accompagné. 


J'ai vu des chats pas pressés attendre la sardine fraîche que les pêcheurs du remblai se prêtent à leur donner. Celui qui n'est pas choisi ce coup-ci, sait que son tour viendra. 

Ivresses si sylvaines.

La sicile déroule ses parfums ennivrants de fleurs d'oranger mêlés d'iode, de calamars et de poissons frais frits, de fenouils et d'anis. 

Et de.... gaz d'échappement. 

Moins exotique. 

En rogne contre cette civilisation de la pétromobile. 

Qui gâche la vue, empeste les narines et pollue jusqu'aux oreilles 

Cette cage de Faraday ambule en ne laissant à son chauffeur plus qu'un sens pour s'ouvrir au monde, la vue. 

Triste rognage de ce formidable arsenal perceptif dont nous a doté le vivant. 

Quel désolant éloge de la médiocrité. 

La voiture rend con, moi le premier. 

1600 mètres à pieds

Je parcourais 2 fois par jour le kilomètre six cents qui me séparait du village à pieds autant parce que la pente sévère que j'avais osé grimper à la pédale les 2/3 premières fois m'esquintait à l'aller les poumons et le coeur et au retour les freins et l'ardeur, que pour ce plaisir trop absent du voyage à vélo. 

Le survol permanent dans lequel se place le cycliste ne lui laisse que peu l'occasion de battre cette mesure du pas contre le sol. 

1 battement par seconde qui remonte la jambe et rappelle au coeur ce rythme qui a dû présidé à l'élaboration de la seconde comme mesure du temps. 

Bredouillages

A San Costantino de Calabro, mon hôte, policier à la ville voisine, m'hébergeait dans sa maison de campagne, demeure familiale un peu à l'écart de la ville qui conservait de son passé outre des photos jaunies et une électricité douteuse qui picotait les doigts quand on touchait les robinets, la persistance d'un verger vivrier toujours entretenu par les plus anciens de la famille. 

J'aidais de mon mieux l'ancien actuel à récolter ses cerises. Les arbres du bas donnaient en premier et la maturité des fruits remontait la pente de jour en jour. Cette récolte me permettait d'étoffer un peu mon Italien bredouillant. Des phrases qui vont trop vite dans un sens mais que le concret de cette tâche pas si étrangère me permettait de comprendre. Et de l'autre des demi-phrases lancées sans conjonction ni grammaire, tentant d'articuler à grand peine et beaucoup de détours, les quelques mots retenus. J'y glissais de ci de là les mots manquants dans un français que je tentais de faire chanter italien. Après tout ce sont 2 langues "latines" pas si éloignées. Les moues réciproques qui jonchaient ses échanges et marquaient l'à peu près de la compréhension, finissaient toujours par se changer en rire. Soit gai et enfin éclairé, soit renfermé et las avec un éventail de la main juste pour clore l'imprécision de ce message que définitivement on n'arrive pas à faire passer. 

Les rossignols roses s'imitent, si drôles

J'ai vu de nombreuses fois des hommes perchés dans des fruitiers en sifflottant comme un pinson. Ils y cueillent les fruits fragiles, ceux qui ne supportent pas d'attendre la chute pour être ramassés. 

Des néfliers, mûriers et cerisiers des bords de route sortent ces sifflotements qui agitent les branches. 

Il faut les premières fois suivre d'un oeil attentif l'origine de ces frémissements pour y voir cet étrange animal, toujours un mâle. 

On les y trouve plus sûrement les après midi de grosse chaleur qui permettent de rester à l'ombre sans fainéanter. Ces fruits se cueillent toujours avec la queue (la pedalé, comme celle du vélo, m'a expliqué un ancien à qui j'en demandais traduction) et parfois la branche entière, pour la conservation, sinon c'est pour boulotter sur place ou pour la marmelade. 

Le soir dans d'autres branches, sifflent les rossignols et j'y entends les sonorités de cette langue Italienne. 

Ces voyelles finales expulsées plus qu'aspirées, comme un appel d'air migrant d'une rive à l'autre de ce fleuve large comme une mer

Ce parler ostentatoire. 

Ce chant articulé. 

À se demander qui des deux a imité l'autre. 

Jaloux

J'avoue j'alloue aux loups une jalousie si jazzy que j'ouïe la nuit des poules et crie ahyouuuuupi. 

Il tombe haut des lucioles


Je suis en Calabre
Sur la SS18 qui longe le golfe de Santa Eufemia, je croise des cyclistes à la peau noire et au gilet orange, toujours par paires. Leurs visages éreintés ne donnent l'impression ni qu'ils ne viennent de quelque part, ni qu'ils y aillent. Leurs bicyclettes voilées ont dû trop porter le fardeau des breloques qu'ils ont troqué dans les faibles boutiques de bambou et de bâches au bleu qui remplace à peine celui de l'horizon qui leur manque. Et que les toutous, les toutristes viennent chercher ici dans leurs barres d'immeubles mal finis qui obstruent la mer. 
Ils vivottent aux abords des cités balnéaires contre quelques maigres euros. 
Toujours trop pour les gens d'ici qui me répètent à l'envie, même si la mienne n'est pas, le cacophonique simplisme des journaux d'ignorations, et les appellent "problème".
La nuit arrive, il est à peine 20h. 
Après avoir longé un peu cette rivière perpendiculaire de cailloux blanchis dans la promesse d'un bivouac, j'ai planté ma tente sous les oliviers.
A ma droite, écrasante, la montagne qui m'attend demain paraît toute proche. 
A ma gauche la mer à moins d'un kilomètre. 
Des insectes cricritent
Deux chouettes hululent 
Un rossignol pépie pour accompagner les grenouilles 
Des aboiements lointains et quelques explosions de moteur me rappellent que des maîtres existent et qu'ils ont peur. 
Aux bruits habituels de la nuit s'ajoute le son des bourgeons d'oliviers qui éclatent.
La chaleur est grasse
Quelques rares étoiles me laissent deviner que le ciel est couvert
Ça sent le limon humide
Et tout autour de moi, par centaines, milliers peut-être, les clignotements arythmiques et voletants des lucioles....
Je croyais que ça n'existait que dans les contes. De fait, c'est. 
Je chantonne en silence le refrain de "Petite" de L
J'ai dû m'égarer.....je suis dans un film de Miyazaki

dimanche 21 mai 2017

Conseils spécifiques par pays (CSP)


CSP 1 : Sicile

La via dei quanto mille, de Randazzo à Linguaglossa, longe les flancs de l'Etna en suivant la ligne de niveau des 1000m. On y serpente entre les coulées de basalte de 2002, refroidies mais pas encore végétalisées. Gare aux serpents. De nombreuses aspics profitent de la zone, et j'ai vu traverser devant moi un, encore inconnu, reptile d'environ 1m50, noir, mais noir, intégral et profond, couleur de lave. 

La route qui va de Mistretta à Troina, la SS117 (strada statale 117), Ô SS 117, pour autant qu'elle soit raide et "bruta" réserve à chaque village un accueil fantastique au voyageur qui s'est aventuré jusque là. Chaque village, plus encore qu'ailleurs a sa procession où défilent dans l'ordre des bigotes le cierge à la main qui chantent en chœur un "Ave, ave, ave Maria" précédées par une porteuse de vieil haut-parleur Bouyer, de ceux qui crachent dans les foires ce son singulier dont manquent les aigües et les basses. Suivent dans l'ordre, les enfants de messe hésitants qui se retournent sans cesse et tendent leurs bannières d'icônes pieuses rouges et dorées. Les curés dans leurs soutanes blanches qui inclinent la tête à droite et à gauche comme les chiots en plastique sur les plages arrières des voitures. Et enfin les carabinieri qui clôturent la marche et permettent à la circulation automobile, interrompue placidement sans klaxons, de reprendre son flot incessant. Rien que pour cette mystique interruption de trafic, je salue ces processions. 

Il faut arriver à Cerami ( toujours sur cette SS117) un dimanche de mai autour de la san Michele. Pas encore posé pied à terre que tous les bambini du village te fêtent et t'assaillent de questions. Le samedi et dimanche qui précèdent (la san Michele) défilent TOUTE LA JOURNÉE les jeunes garçons le long du "passageo" qui ombre sur environ 500 mètres un trottoir pavé. Il le descendent et le remontent en continu 2 jours durant de 6h du matin à 20h le soir, ne s'accordant (et à moi aussi) que de rares pauses. Ils tambourinent sans aucune mélodie sur leurs instruments tandis que d'autres un peu plus âgés récoltent l'argent qui servira à payer la fête du weekend suivant. Fête qui voit défiler les jeunes filles à marier. Dans leurs robes rouge carmin sur jupon de dentelles blanches, le chignon impeccablement tiré à 4 épingles, elles dansottent, maladroites, en accord avec la dissonance harmonique des tambours. Elles tirent d'une main leurs jupons pour dévoiler une cheville puis l'autre, camouflées d'un bas noir opaque, et de l'autre leur smartphone qui, via tinder ou facebook, leur assurera plus sûrement la promesse d'un mariage lointain. Durant les premières heures de mon arrivée, 2 jeunes filles me disputaient âprement leur attention à grands renforts de bredouillages d'anglais scolaire. Malgré leurs 15 ans, c'est toujours flatteur de se savoir être un possible bon parti. 

Toujours à Cerami, il faut avoir vu le gracieux geste du pizzaiolo de l'unique pizzeria, qui d'un 8 infini transforme en un mouvement une boule de pâte en une galette, toujours du bon diamètre, pour s'assurer que ce n'est pas une légende de cinéma 

Il faut voir le soleil couchant se refléter sur les flancs de l'Etna tandis qu'à son pied on est déjà dans la nuit, pour se rendre compte de sa majesté. 

Il vaut mieux éviter les marinas et lidos de la côte qui enchaînent comme les graines d'un chapelet les gelateria artigliane (substitut du marketing publicitaire pour ne pas dire "industrielles"), les pasticceria, les rosticceria, les fumicceria, les camions de frutta pas mûrs et surtout les sourires berlusconiens, retombés aussi vite que dressés, des clônes qui les tiennent.
Sauf peut-être à aller de Cefalù à Santo Stefano di Camastra pour profiter de ce ruban quasi sans voiture et ses douces ondulations qui serpentent le long d'un littoral sans plage. 

Il faut voir Palermo et Messina. Deux villes-ports qui sentent le mazout, la pauvreté des denrées et donc la richesse des humanités. Il faut voir dérouler sur leurs flancs abîmés les barcasses colorées, les " HEY, CIAO, DOVE VAI ?" du côté côtier et voir s'allumer les étoiles de leurs montagnes la nuit. Il faut sentir leur chaleur embrumer la Méditerranée, l'odeur de sardines qui rappelle que sous la chape, la mer est bien là. Ça mériterait même de les vivre plus que de les traverser...... une autre fois peut-être ?

Conseils aux voyageurs à pédales

 Conseil No 1 : Si 2 routes s'offrent à toi, prends celle qu'on te déconseille, celle qu'on te dit rude, chaotique, sinueuse. C'est toujours celle où la rencontre, l'accident, le fortuit est possible. Et même si rien n'arrive, ce sera au moins celle avec le moins de pétromobiles. 


Conseil No 2 : Même dans ce qui te paraît être une campagne déserte, ne chipes pas un fruit par-dessus une clôture. Partout un oeil veille et la rumeur de ton chapardage arrivera plus vite que toi au prochain village. Et tout autant pour annoncer ta venue et te fêter, en tout lieu, en tout temps, sans savoir comment, la rumeur courra toujours plus vite que toi. 


Conseil No 3 : N'hésites pas, dans n'importe quel village à laisser sans verrou ton attelage. Comme partout c'est en offrant sa confiance qu'on la reçoit. 


Conseil No 4 : Prends ta place sur la route, elle n'appartient pas aux pétros. Et comme avec les chiens errants, si tu affiches ta crainte, elle risque de se voir justifiée. 


Conseil No 5 : Si un habitant d'une région montagneuse, ou tout au moins vallonnée, te dit que la prochaine route est plate, ne le crois pas, surtout si tu devines qu'il ne l'a jamais empruntée autrement qu'en voiture. Non qu'il mente, il est sincère dans son référentiel où la platitude n'a pas la même valeur que pour un habitant des plaines. (Dont je fais partie)




samedi 20 mai 2017

Une bonne tranche de rigolade, s'il vous plaît

Ce matin dans l'épicerie j'ai pris 2 tranches de rire. 

La première en cherchant à acheter de l'alcool dénaturé pour mon réchaud, l'autre en demandant parmi tous les fromages lequel était de brebis. 

Toute la communication s'est déroulée à grands coups de mimes et d'onomatopées. 

J'évite tant que tant d'utiliser google trad et c'est bien plus rigolo. Plus long aussi mais de quoi se presserait-on ?

On se demandait avec des amis avant de partir ce qui manque le plus à l'étranger. Pour certains c'est le fromage, d'autres le chocolat .....

Ce qui me manque le plus dans un voyage, surtout seul, c'est de rire. 

Sous-rire, oui souvent. Passer du bon temps. Des moments agréables. Tous les jours. 

Mais la bonne tranche de rigolade, celle qui te dérouille les zygomatiques et remonte derrière les oreilles, c'est denrée rare. 

J'ai dit denrée ?

C'est tout autre. C'est de l'immatériel qui même disparu, reste gonflé dans les joues, dans le coeur et les poumons. 

vendredi 19 mai 2017

5 mousquetaires


Depuis mes premiers coups de pédale en Sicile mon pédalier grince. J'ai demandé à 2/3 vendeurs de vélo croisés sur la route s'ils pouvaient me le resserrer. A chaque fois la même moue fatiguée accompagnait la même réponse : pas les outils. 
À l'arrivée dans cette banlieue non balnéaire de Messine, au delà des bidonvilles qui ceinturent la cité, un bouiboui devant lequel 5 gaillards rigolent. Un improbable imbroglio de carcasses rouillées de vélo et vespa mêlés tient lieu de vitrine. 
Je m'arrête. 
L'un d'eux vient vers moi. Un colosse de 2 douzaines d'années sans amincissement au niveau des poignets, sa mâchoire plus large que ses tempes lui permettait de tendre un sourire long comme un hamac. Au premier coup d'oeil je savais pouvoir m'y reposer. 
2 gestes de la main et une onomatopée ont suffit à ce qu'il me fasse signe d'attendre. 
Il me laisse 3 minutes en compagnie des 4 autres à essayer d'alimenter une faible conversation à base d'où je viens, où je vais et que la Sicile est belle. 
À son retour j'ai d'abord cru dans la taille de ses mains qu'il tenait des jouets. En appuyant un peu le regard j'ai vu qu'il avait bien compris mon souci. 
Cric crac sur le bord du trottoir tout en continuant à parler exagérément fort comme tout bon sicilien. Ça lui a pris environ 52 secondes pour démonter la manivelle, resserrer le pédalier et remonter la manivelle. 
J'ai envie d'hurler "Spremutto" je ne sais pas si ça veut dire quoi que ce soit, c'est juste pour exprimer ma joie avec quelque chose qui sonne vaguement italien. Avec une consonnance de suprême. 
On a échangé un trop bref quart d'heure  où j'enchaînais les "capito", "no capito"
Et il s'est payé d'une poignée de main et d'un franc sourire. 
Je suppose qu'avec ces 5 mousquetaires j'aurais découvert une autre Sicile, celle des humains, pas les clônes au sourire berlusconien. Mais je n'en sais rien, je suis parti, avec rien que mon imaginaire pour arroser mes certitudes. Mais sans le grincement qui rythmait ma route. 

mardi 16 mai 2017

Ébarbez-les


Quand on débarque en Sicile, on est accueilli par les odeurs de fleurs d'oranger, d'artichaut, de fenouil et d'acacias mêlées. 
On découvre des vieux aux lunettes carrées, fumées et plus grosses que leurs pommettes. 
Ça ressemble à Don Corleone et ça sent la cosa nostra. 
Des barcasses au bruit de mobylette balaient la mer de faisceaux ras-de-l'eau, aux mouvements rapides et précis comme un danseur Géorgien 
On s'attend à ce que déboule une fiat mini toit ouvert aux cris des "aiuto, aiuto !"  A voir Jean-Marc Barr ou Jean Reno sortir de l'eau. 
On est émerveillé par la profusion des couleurs. 
Tout pousse ici : des amandiers, des néfliers, des processions religieuses pour chaque saint, chaque village, plus exotiques que fanatiques. 
Des orangers, des citronniers. 
Quoi de plus ennivrant qu'au milieu d'une côte, le gosier desséché, ramasser sur le bas-côté le citron qui aura profité d'un chaos pour sauter du cageot. 
Le couper aussitôt et s'en enduire le goulot. 
J'ai bien dit sur le bas-côté, parce que ce qui pousse surtout ici, comme partout en Europe, ce sont les barbelés. 
Les propriétés privées et les défense d'entrer. 
Le repli sur soi, la peur de l'autre, et leurs corollaires mobiles : les voitures à bon marché, individuelles et sous-chargées. 
Tout ce qui fait les choux gras des financiers. 
Et dans quelques jours, leurs rois des rois, le G7 arrive à Taormina. 
Aaaaah si tous les actionnaires du monde voulaient bien se donner la main, et bien au moins, on saurait où mettre la bombe. 
D'ailleurs sur votre prochaine déclaration d'impôts, à la rubrique "personnes à charge", n'oubliez pas de mettre tous les actionnaires de bnp paribas, de vinci ou de coca-cola. 

Et je me prends à rêver que le géant Etna qui surplombe Taormina entre en colère dans cette nuit du 26 au 27 mai 2017 et fige les sourires mortifères de ces G-septeurs sous une nuée de pierres ponces.


lundi 15 mai 2017

Étables balnéaires


L'impression que les Siciliens passent sans entre-deux d'une jeunesse hâtive d'un avenir à une vieillesse qui prend son temps, qui a tant connu tous les vices humains et se les aient pardonnés, que seul lui importe le présent. 
Comme un yaourt. 
Que se passe-t-il du 7 au 8 à minuit dans le pot d'un yaourt périmé le 7 ?
Non que les vieux d'ici ou d'ailleurs soient périmés, sauf peut-être Alain Juppé mais même jeune il devait l'être. Et Macron nous prouve encore que des idées peuvent être avariées avant même d'avoir été bonnes. (Ou d'avoir été tout court car je ne sais pas si on peut appeler "idée" ce ramassis de vide jalonné du mot "projet" brandi comme un étendard par un pantin hystérique ?)
Que les seuls qui naviguent dans cette nuit qui articule la veille au lendemain ce sont les touristes. A l'air triste. Ça a toujours l'air triste un touriste. On devrait les appeler des toutristes d'ailleurs. Un cône de glace à la main, l'oeil bovin. Je parle ici du bétail parqué de l'industrie agraire. Pas de ces vaches d'Anatolie qui ont le regard brillant de celles qui n'ont connu comme seule entrave que le collier de fleurs tressées que les enfants du village leur ont enlacé autour des cornes. Ni barbelés, ni enclos. Qui paissent paisibles sous les feuilles jaunes des peupliers et boivent au torrent. 

Et comment le leur reprocher à ces touristes amassés d'être tristes à s'entasser dans ces étables balnéaires où tout est fait pour les traire, gavés de mauvais foin ordinaire ?
Est-ce l'étable qui fait le boeuf ? 
Éternelle question de la poule ou de l'œuf. 





A la lumière noire des flammes


La France c'est le pays de quoi déjà ?
Des Lumières ?
J'ai bien peur que leurs flammes chaudes et bienveillantes se soient éteintes au PROFIT d'autres, glaciales au blanc immaculé en leur centre, bleues à gauche et rouges à droite. 

Entre un doux fascisme décomplexé qui ne dit pas son nom et un autre qui ose à peine le dire. 
J'apprécie le tour de passe-passe, pourtant grossier et 100 fois vu, des médias et de leurs patrons qu'ils soient fabricants d'armes ou géants du btp. Grands chefs d'entreprises dont le seul client est l'État, aux organes de presse tous déficitaires, eux qui sont si pragmatiques et savent que la nature de la vie est le profit. 
La recette est pourtant simple et servie réchauffée à chaque fois : la décharge émotionnelle qu'occasionne la peur. 
Inventée par les socialistes dans les années 80, voire même bien avant, je n'étais pas né et les livres d'Histoire ne racontent pas ces choses-là, ils sont toujours écrits par les vainqueurs. Leur grand communicant Jacques Séguéla , avant de faire rater leur vie à des millions avec ses rolex, avait lancé une super idée. Pour combler le vide des non-propositions à la rose, il fallait faire monter l'extrême droite pour dissoudre les voix du camp d'en face. 
Hop on fait vrombir les sirènes de l'insécurité, de l'inéluctable et des nationalismes, on brandit l'épouvantail terroriste à grands coups de médias au moins complaisants sinon complices. 
Toujours surpris que ces vieilles formules éculées marchent encore, le juif au nez crochu le couteau entre les dents, le bruit des bottes bolchéviques sur les champs-élysées, etc, etc....
Et entre 2 tours, on cesse d'agiter les épouvantails, on parle d'Europe, de pragmatisme économique. Une nouvelle fois la peur, cette fois-ci celle de l'autre extrême, parachève le tableau. Et zouplaboum le meilleur garant de la stagnation du profit des puissants est élu et la "chose publique" peut suivre son cours....
Merci messieurs-dames d'avoir accepté de jouer à ce jeu de dupes, vous pouvez retourner trimer, on s'occupe de vos loisirs. 

Sauf qu'un jour à force d'être réchauffée, la marmite va finir par coller à la flamme. 

La démocratie s'arrête là où commence la publicité. 


Stephen dronval

Route Mistretta-Ceramì

Sur le bas-côté de cette montée à 15%, un panneau de signalisation me rappelle, arrogant, de ne pas dépasser les 30. 

Et c'est heureux sinon, grisé par les 35 degrés, aurait pu me prendre l'idée de remonter sur mon vélo et d'enclencher le grand plateau !

Du coup, sagement, je reste à 4 km/h et 240 pulsations/minute. 


Chaque tache d'ombre est prétexte à s'arrêter, chaque fontaine à s'abreuver. L'eau fraîche avec laquelle je m'arrose le crâne est déjà chaude en arrivant au cou. 

C'est l'été sans le printemps. 

La dolce vita

Bella ciao

I tutti va bene




dimanche 14 mai 2017

Mistretta

La voiture, ce progrès du XXe siècle, devenu cancer. Ses métastases se sont répandues partout. Le XXIe n'est pas sérieux, il n'a que 17 ans, il devra se défaire de cette tumeur s'il veut grandir et vivre centenaire. 


La via e bruta ! 

Les personnes qui accueillent le voyageur avec enthousiasme sont toujours plus enclines à le guider vers ce qui fait leur fierté, ou ce qu'ils pensent être l'attendu. La démonstration de leur modernité ou les illustres antiquités. En demandant des détails sur la route qui mène à Nicosia, plus pour s'exercer aux 4/5 mots que je connais et espérer les étoffer, tous me disent que "la via e bruta" (la route est rude, chaotique) avec une moue désolée. Que je ferais mieux de descendre prendre la route de la côte, qu'elle est neuve, qu'il y a la mer, la cathédrale de Cefalù, et caetera. Ce qu'ils ignorent, c'est que c'est justement parce que la via e bruta qu'elle est agréable. Parce que les cassis imprécis font que peu de voitures s'y aventurent. Que pour le cycliste souvent cantonné aux bas-côtés et à ses ordures, ses graviers et ses limites imprécises, seule suffit une bande de voie damée de 3cm, même pas bitumée. Qu'aux voitures qui te frôlent l'épaule gauche, on préfère serpenter entre les trous sur toute la largeur de la route. Parce que sur ces routes les seules voitures qu'on rencontre sont celles qui soulagent le paysan, l'artisan de la corvée. De celles qui maintiennent la ruralité en vie. Et qui prennent la mesure du temps, hors de l'allure effrénée de celles si pressées de rattraper la mort. 



Stephen dronval