dimanche 25 juin 2017
Exotisme véhiculaire
Ombre et compagnies
Je suis plutôt évolutionniste que créationniste, mais la mouche arriverait à me faire douter. De quelle dégénérescence du vivant peut-elle être l'évolution ?
La mouche a été créée pour importuner l'humain, j'en veux pour preuve que de toutes celles qui volettent autour d'un troupeau, les plus nombreuses sont autour du berger.
samedi 24 juin 2017
Olympisme ordurier
Peau lisse, peau lasse.
Police et PAF
Retour à l'envoyeur
Holy motors, priez pour nous
Depuis mon départ à chaque fois que j'annonce ma destination, les retours sont les mêmes :
"Mais tu n'as pas peur ? Des terroristes ? De rencontrer des fanatiques ?"
Mais tous les jours j'en croise !
Par milliers. Dans leurs armures d'acier.
Ils filent comme des balles à 8 cm de mon épaule gauche.
Leurs klaxons m'explosent les tympans comme des obus.
Cent fois par jour j'ai peur de ces dingues.
De cette folie si coutumière, si ordinaire qu'elle en est devenue norme. Et que celui ou celle qui tente de s'en extraire devient le fou.
Bienvenue au grand bal des klaxons. Si jamais l'un d'eux s'arrêtait, là je pourrais le devenir et il entendrait mes claques sonner et résonner au revers de son crâne.
J'ai peur du terrorisme pétrolique plus que de tout autre. De ces dégénérés sur 4 roues qui hurlent vers la mort "Fina uh akber".
Ave Exxon qui êtes aux cieux.
La nouvelle religion monothéiste qui sanctifie le profit comme L'Unique a comme premier apôtre, le pétrole.
Huile de roche mon amour, en ton nom chaque jour, combien de sacrifiés, de portion de planète brûlées ?
Petite mise au point, sans rien chercher à excuser ni à minimiser le drame subi par ces victimes :
En France en 45 ans de terrorisme boumboum, le terrorisme officiel, 435 victimes (source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/). 2015, année faste, 175 morts.
En France, rien qu'en 2016, le terrorisme pétromobile a tué 3469 personnes (source :http://mobile.lemonde.fr/securite-routiere/article/2017/01/23/le-nombre-de-morts-sur-les-routes-en-legere-hausse-de-0-2-en-2016_5067697_1655513.html) . Et je ne parle pas des centaines de cadavres de hérissons, chiens, chats, oiseaux ou serpents que je vois chaque jour et qui ne sont pas comptabilisés.
Ni même des estropiés à vie, mutilés, comateux perpétuels ou légumisés.
Dans le monde, en 2014, année faste du terrorisme boumboum, 43000 victimes décédées. (Source : https://www.les-crises.fr/les-attentats-dans-le-monde/)
Cette même année, le terrorisme routier a tué 1,3 millions de victimes (souce : https://www.planetoscope.com/mortalite/1270-mortalite---morts-d-accidents-de-la-route-dans-le-monde.html)
La majorité des attentats terroristes dans le monde est imputé à des organisations islamistes, qui trouvent leurs financements principalement des revenus du pétrole.
Est-ce que ça vaut bien de faire pendant des jours du matin au soir la une de tous les journaux, papiers, télévisés, radiophoniques pour des faits "anecdotiques" qui toute proportion gardée devraient se situer juste après les cours de la bourse, puisqu'on lui accorde tant d'importance, on en verrait mieux les implications, juxtaposés.
Est-ce que ça vaut plus que de mettre en avant les drames ordinaires ?
En France un agriculteur se suicide tous les 2 jours, pourquoi ?
Est-ce que quand on aime son métier, la terre que tous les jours on foule, on ne supporte plus de la voir malmenée, par soi-même au prétexte que crédit agricole et consorts t'ont fait croire que le poison pétrochimique est rentable ?
Et que quand on a mis un doigt dans l'engrenage et qu'on y est jusqu'à l'épaule on ne trouve plus pour s'en extraire d'autre acte de bravoure insensée que de se sacrifier ?
En France en 2014 ( source : http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2016/01/29/les-violences-faites-aux-femmes-en-chiffres_4856289_3224.html) 134 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints. Passée la décharge émotionnelle du "bouh, c'est pas bien !", pourquoi ?
Comment en vient-on à expulser une colère sourde sur la personne vulnérable la plus proche de soi ?
D'où naît cette colère ?
Comment en France, en 2017, dans un pays qui fait circuler les gens à 100, 200, 515, 900 km/h, en envoie d'autres dans l'espace, fait circuler des informations à des vitesses proches de la lumière, peut-on avoir des gens dont la colère ne trouve d'exutoire que dans la violence domestique ou la furie pétromobile ?
Et l'on s'en va le dimanche en famille, entre amis, tuer la pacotille.
Pourquoi les médias accentuent le drame islamiste et taisent quasiment le drame ordinaire ou l'attentat pétroliste ?
Quand viendra le Nüremberg du pétrole, et que sera enfin qualifié cet écocide, ce crime contre la planète, les complices ordinaires ne pourront plus dire "mais tout ce que j'ai fait c'est de faire le plein pour aller travailler" ni même "mais je ne savais pas que mes gaz d'échappement tuaient autant"
Et j'espère qu'un jour des groupes scolaires visiteront des stations-service comme on visite Auschwitz ou Buchenwald.
Qu'on parlera d'une plateforme pétrolière en baissant les yeux de honte comme on parle du vél-d'hiv.
Qu'on dira traite de l'or noir comme l'abjection qu'elle est.
jeudi 22 juin 2017
Un con prête attention
Je ne comprends pas.
Je n'comprends pas les principes de transports internationaux.
Je ne comprends pas que pour envoyer un petit colis d'Istanbul en France en mode "économique" qui va prendre 3 à 4 semaines coûte 22€ quand on peut recevoir 3 jours après l'avoir commandé un gros paquet du bout du monde sans frais de port.
Que ce même paquet allégé de moitié, coûte depuis Bari, 4 fois plus cher.
Je ne comprends pas que le cadre de mon vélo acheté aux états-unis 500€ sans frais de port, coûte, vélo complet 900€ pour le rapatrier de Chypre en France. Chypre où toutes les compagnies du monde surtout des transsss-ports sont basées. Que de ce même Chypre après avoir fait rire la compagnie à démonter ce vélo pour le faire rentrer dans le ridicule carton d'envoi, après que le chef d'agence soit venu tout compréhensif parce que lui aussi fait du vélo, ce même transport passe de 900 à 400€.
Je sais que dans le jargon du commerce je suis ce con, ce qu'on peut appeler une bonne poire.
Niveau marchandage je suis plus mauvais qu'une endive.
Je sais que je suis un imbécile mais quand même, je ne comprends pas qu'un fruit qui ait poussé dans le sud de l'Espagne avec des produits de Suisse ou d'Allemagne depuis des phosphates du Pacifique sud, qu'il soit allé se faire conditionner en Autriche, parti dans un centre de gros à Turin et détaillé dans un marché "d'intérêt national" en France arrive sur l'étal du commerçant 2 fois moins cher que celui qui a poussé quasiment dans son jardin.
Je ne comprends pas pourquoi ces produits médiocres, polluants et manifacturés à bas coût par des ouvriers du sud-est asiatique, ont le droit de traverser 20 000 frontières et sont accueillis à grande joie, quand ces mêmes ouvriers n'ont pas le droit d'en franchir une. De frontière. Et quand ils y arrivent, clandestins, l'accueil est plutôt aigre.
Je ne comprends pas et j'aime bien comprendre... Pour ne pas m'apercevoir que de ces chaînes de bouh, de baaah, de pas bien. Des massacres de Syriens aux génocides des ours polaires. Que de cette chaîne, j'en suis un des maillons.
Et que j'aime bien comprendre pour éroder mon maillon.
Et que peut-être, maillon après maillon, une chaîne se défait....
mardi 20 juin 2017
Ecole à Godot
En Macédoine j'ai demandé plusieurs fois s'il y avait école tant je voyais de gamins à toute heure dans les rues.
À chaque fois la même péripétie pour distinguer l'école" bâtiment " de l'école "enseignement ".
Mon Allemand est au moins aussi médiocre que le leur, et nos 2 médiocrités ont bien du mal à s'accorder, l'Anglais leur est inconnu.
Mais à chaque fois on me répondait que si, si il y a une école, pas dans cette rue mais "là-haut" ou "là-bas".
"Non ce n'est pas les vacances"
Je soupçonne que l'école en Macédoine soit comme l'Islam en Albanie : on y croit, on en entretient les bâtiments, mais personne n'y entre.
lundi 5 juin 2017
Apatride
Loup
J'ai vu un loup.
Pour la première fois de ma vie.
Oh bien sûr il n'avait pas le standing d'un T-shirt de Johnny ou l'aérographe d'un camionneur, cou tendu vers le clair de lune sur la pointe d'un rocher.
Il était même un peu miteux et faisait presque pitié quand je l'ai aperçu au détour d'un virage.
Mais sans pouvoir dire trop pourquoi, presque aussitôt je me suis dit "tiens, un loup" en effaçant aussi vite cette pensée absurde, que je puisse en voir un, surtout d'aussi près.
Il faisait d'autant plus pitié qu'il rognait sur le bord de la route les restes d'une boite de pâté oubliée d'un pique-nique.
Ça me file toujours une pointe au coeur chaque fois que je vois un animal rogné les déchets d'humain à part les poules et les cochons qui sont prévus pour. Un animal sauvage encore plus.
Je me suis arrêté en face, de l'autre côté de la route mais au plus près. Avec ressurgie la pensée qui déroulait d'indices que c'était bien un loup.
Il était grand comme un gros husky. Maigrichon. Le poil hirsute sur les flancs et la queue bien gonflée.
Je suis resté le regarder un moment.
Il m'a lancé 2/3 regards. Ce qu'on appelle LANCER un regard.
Et quel regard.
Là plus aucun doute c'est bien un loup.
C'est pas tant dans la couleur des yeux, déjà incroyable, un bleu intense comme si de la lumière lui sortait des orbites. C'est plus dans l'intensité, la profondeur insondable à décimer toutes les sagesses domestiques. Décimer dans le sens faire descendre de leurs cîmes, de leur piédestal.
J'en avais vu un autre presque aussi puissant, à Librazhd, en Albanie, ville qui m'a filé la nausée. Une femme, sosie d'une sorcière de Disney, menton plus long que le nez, verrue, fichu sur la tête, voûtée, avec comme canne un bâton noueux. Elle est venue me mendier quelques pièces, je lui aurais bien donné 2 ou 300 leks, rien que pour l'intensité bleue de son regard, mais je n'avais en poche qu'un billet de 2000 et je suis à peu près sûr qu'elle ne m'aurait pas rendu la monnaie.
Bref, j'ai vu un loup.
Un loup mendiant, avec le même regard que cette femme, mendiant.
Choisir son départ
Albanie 7
J'agglutine à l'Anglais qui me paraît international à l'Italien que plus connaissent. Et je saupoudre les manques de quelques mots français dont je me surprend après l'avoir dit d'en avoir alangui les r en l et arrondi les u en ou. Comme si, malgré moi, j'avais fécondé ma langue maternelle avec la patrie de mes interlocuteurs, pour accoucher d'un espéranto improvisé.
De la France, je m'étonne des villes qu'ils en connaissent : Montélimar, Monte-pellier, Larochelle, Vitré ou bien Salons-de-Provence parce qu'ils y ont un temps travaillé. Eux ou un frère, un fils ou un cousin, jamais une femme. Certains Ma(r)seille dont ils connaissent le vélodrome d'un Albanie-France de 2016.
Ils m'en citent quelques illustres : Victor Hugo ou Ho-noré-de-Bal-zac dont les syllabes sont énumérées comme les plats d'un grand restaurant. Et partout ils en connaissent les légendes de par l'écran vert d'une retransmission télévisée : Platini, Zidane ou Thierry Henry, que des fils d'immigrés.
vendredi 2 juin 2017
Albanie 6
Albanie 5
Albanie 4
La maison classique en Albanie se construit ainsi :
Dès qu'on a réuni 3 sous, on en construit la structure, au moins celle du rez-de-chaussée. Des piliers de béton armé qui en dessinent les arêtes, une chape par étage. Et on laisse dépasser les treillis métalliques pour des possibles extensions.
Ensuite on peut laisser le chantier dans une latence qu'on croirait abandonné si ce vide abrité n'était occupé par quelques moissons à sécher ou des meules de chaumes de maïs et quelques poules, dindons, mulets.
Dès qu'on a réuni 3 sous de plus, on comble les vides entre les arêtes par des rangées de brique qui forment murs pour peu qu'elles arrivent jusqu'au plafond.
Arrive ensuite, avec 5/6 payes de plus, le temps des ouvertures. Portes, fenêtres, étage par étage qui peuvent être fermés sur plusieurs âges.
Quand un espace est fermé, alors on peut l'occuper. On y plante quelques baquets qui feront office de salle de bains, une cuisine et un lit.
Alors vient le temps des revêtements intérieurs. Ça aura pu coûter 10 années de sueur, mais là, faut que ça brille :
Escaliers, marches et contremarches, en marbre poli orange et noir. Rampes en laiton ou chrome.
Dalles de sol en marbre blanc d'un mètre de côté, qui reflètent comme un miroir.
Canapé en velours de 4 mètres garni de coussins moëlleux pour manger autour de la télé constamment allumée, que quelqu'un soit dans la maison ou pas.
Éventuellement on a pris soin de mettre un toit si jamais on est sûrs que la famille est complet, sinon la dernière dalle de laquelle dépasse les treillis et amorces de béton en fera bien office le temps que les enfants en aient à leur tour.
Et surtout, surtout, plantés sur les toits ou en suspension de lui, le rempart contre le mauvais oeil, dont j'ai oublié le nom.
Pour les traditionnels un épouvantail de 2 manches en croix, garnis de frusques qui font semblant d'être un tronc à quatre membres au sommet duquel on a garni une boule de chiffons d'un nez et surtout 2 yeux qui disent : quelqu'un est là et vous surveille.
Les plus contemporains sont une peluche de Winnie l'ourson, Dora l'exploratrice ou peu importe qui d'autres, du moment que ça ait une vague forme humaine et surtout 2 yeux.
Les Italiens ont remplacé ce folklore par des caméras de surveillance qui sont de la même supercherie puisque vraisemblablement personne ne passe sa journée et encore moins ses nuits à en regarder l'écran.
À croire que les regards bienveillants de leurs saintes icônes partout présentes ne leur suffisent plus.
Albanie 3
Albanie 1
Les jeunes me regardent de travers, ils ne comprennent pas ce que je viens faire ici, eux qui de leur sous-marin, se croient minuscules et ne voient de leur périscope télévisuel que l'Europe majuscule qu'ils rêvent d'atteindre. Si je suis là, c'est donc, pour une obscure raison dans ce pays qui sent la mafia prospère et la corruption.
Les poignées de mains, rares, sont des 2 dernières phalanges effleurées du bout du pouce, hâtives et presque forcées. Tandis qu'en Italie, spécialement en Sicile, la poigne est franche, de toute la paume longtemps serrée et soutenue par l'autre main qui vient tâter l'avant-bras, le biceps voire l'épaule. Les vieux ont le regard plus doux, bien qu'au moins un oeil sur deux soit pourri (trachome ?)
Je pousse souvent mon vélo, non que la pente soit dure, c'est juste que ces routes que les cartes albanaises (tout comme google maps) disent carrossables, ressemblent plus à un lit de torrent saupoudré de poussière. Y pédaler me ruine les bras, les fesses et tout l'accastillage de ma monture. Par carrossable, s'entend suffisamment large pour y faire passer plus qu'un âne, ça ne tient pas compte du revêtement. Le cartographe qui en a relevé les reliefs devait être celui de l'empire Ottoman, les routes ont l'air de dater de cette époque, et n'ont depuis jamais été entretenues.
Depuis 2km je joue à chat avec un paysan qui ramène sa vache à la maison. Car ici l'agriculture est encore tout ce qu'il y a de vivrière, les troupeaux se comptent sur les doigts d'une seule main à laquelle on en aurait amputé 2. Les récoltes et labours se font, hors quelques exceptions à la main, pliés en angle aigu au niveau des reins. Ce que je pensais être le sillon d'un vélo qui m'aurait précédé s'est révélé être celui de la corde de sa vache qui n'est prise en main que pour relancer l'animal qui sinon connaît la route par coeur. Il me dépasse dans les montées, je le dépasse dans les descentes. Nous n'échangeons que quelques signes de main et expressions de visage, n'ayant trouvé de langage commun. Presque à chacun de ses dépassements il sort son déjà antique téléphone mobile qui jamais ne sonne et hurle 2/3 mots dedans avant de raccrocher. Des mots sans écho juste pour me donner l'illusion d'une modernité, ou pour s'épargner la corvée de me parler, car j'ai vite fait de constater avec le mien qu'il n'y a pas de réseau.
Des ponts de quelques madriers bouffés en équilibre précaire sur quelques IPN rouillés, il en reste toujours un bon tiers suffisant pour y jouer les funambules. Les quelques voitures et engins qui passent par là préfèrent le gué, un peu amont ou un peu aval.
jeudi 1 juin 2017
Albanie 2
Les abords des routes en Albanie sont superbes. On est obligé de s'arrêter pour les contempler, la route en elle-même on ne peut la quitter des yeux, au risque d'y perdre quelques rayons voire la roue entière, les 2 manivelles à l'horizontale pour ne pas y tordre une pédale dans une ornière de rocailles ou éviter la glissade sur un dévers de poussière et d'y finir dans le ravin.
On y trouve des érables gigantesques et tortueux, des fleurs par centaines, des oliviers sauvages et des horizons multiples, verts, vallonnés, vibrants. On y croise des tortues, des fouines et surtout des ânes.
Quel bel animal que l'âne. Je ne sais pas s'il en existe de moche, des animaux, mais l'âne est parmi tous ceux qu'on dit domestiques celui qui a ma préférence. Malicieux, capricieux, courageux.
Si j'avais à choisir un compagnon, j'aimerais que ce soit un âne.
Pour un prochain voyage, si ce n'est en cabotant dans un voilier, je pense que j'irais à pied, un âne à mes côtés portant mon bagage et imposant le train comme les haltes.
Peut-être qu'il faut être allé au-delà du supportable du progrès pour apprécier ce voyage en amnésie
jeudi 25 mai 2017
Caméras
mercredi 24 mai 2017
À Messina
A Messina
J'ai vu un bateau ferroviaire. Le train vert offert. Son bateau l'avalait et le vomissait par la gueule.
J'ai vu un pêcheur de métier affréter sa barcasse splendide orange et bleue accolé aux géants des croisières entre 2 palmiers. Comme à chaque fois, je n'ai pas su lui parler plus qu'une dizaine de mots bredouillés. Sa nuit allait filer à ramasser ceux qu'il avait déposés. Je l'aurais bien accompagné.
J'ai vu des chats pas pressés attendre la sardine fraîche que les pêcheurs du remblai se prêtent à leur donner. Celui qui n'est pas choisi ce coup-ci, sait que son tour viendra.
Ivresses si sylvaines.
La sicile déroule ses parfums ennivrants de fleurs d'oranger mêlés d'iode, de calamars et de poissons frais frits, de fenouils et d'anis.
Et de.... gaz d'échappement.
Moins exotique.
En rogne contre cette civilisation de la pétromobile.
Qui gâche la vue, empeste les narines et pollue jusqu'aux oreilles
Cette cage de Faraday ambule en ne laissant à son chauffeur plus qu'un sens pour s'ouvrir au monde, la vue.
Triste rognage de ce formidable arsenal perceptif dont nous a doté le vivant.
Quel désolant éloge de la médiocrité.
La voiture rend con, moi le premier.
1600 mètres à pieds
Je parcourais 2 fois par jour le kilomètre six cents qui me séparait du village à pieds autant parce que la pente sévère que j'avais osé grimper à la pédale les 2/3 premières fois m'esquintait à l'aller les poumons et le coeur et au retour les freins et l'ardeur, que pour ce plaisir trop absent du voyage à vélo.
Le survol permanent dans lequel se place le cycliste ne lui laisse que peu l'occasion de battre cette mesure du pas contre le sol.
1 battement par seconde qui remonte la jambe et rappelle au coeur ce rythme qui a dû présidé à l'élaboration de la seconde comme mesure du temps.
Bredouillages
A San Costantino de Calabro, mon hôte, policier à la ville voisine, m'hébergeait dans sa maison de campagne, demeure familiale un peu à l'écart de la ville qui conservait de son passé outre des photos jaunies et une électricité douteuse qui picotait les doigts quand on touchait les robinets, la persistance d'un verger vivrier toujours entretenu par les plus anciens de la famille.
J'aidais de mon mieux l'ancien actuel à récolter ses cerises. Les arbres du bas donnaient en premier et la maturité des fruits remontait la pente de jour en jour. Cette récolte me permettait d'étoffer un peu mon Italien bredouillant. Des phrases qui vont trop vite dans un sens mais que le concret de cette tâche pas si étrangère me permettait de comprendre. Et de l'autre des demi-phrases lancées sans conjonction ni grammaire, tentant d'articuler à grand peine et beaucoup de détours, les quelques mots retenus. J'y glissais de ci de là les mots manquants dans un français que je tentais de faire chanter italien. Après tout ce sont 2 langues "latines" pas si éloignées. Les moues réciproques qui jonchaient ses échanges et marquaient l'à peu près de la compréhension, finissaient toujours par se changer en rire. Soit gai et enfin éclairé, soit renfermé et las avec un éventail de la main juste pour clore l'imprécision de ce message que définitivement on n'arrive pas à faire passer.
Les rossignols roses s'imitent, si drôles
J'ai vu de nombreuses fois des hommes perchés dans des fruitiers en sifflottant comme un pinson. Ils y cueillent les fruits fragiles, ceux qui ne supportent pas d'attendre la chute pour être ramassés.
Des néfliers, mûriers et cerisiers des bords de route sortent ces sifflotements qui agitent les branches.
Il faut les premières fois suivre d'un oeil attentif l'origine de ces frémissements pour y voir cet étrange animal, toujours un mâle.
On les y trouve plus sûrement les après midi de grosse chaleur qui permettent de rester à l'ombre sans fainéanter. Ces fruits se cueillent toujours avec la queue (la pedalé, comme celle du vélo, m'a expliqué un ancien à qui j'en demandais traduction) et parfois la branche entière, pour la conservation, sinon c'est pour boulotter sur place ou pour la marmelade.
Le soir dans d'autres branches, sifflent les rossignols et j'y entends les sonorités de cette langue Italienne.
Ces voyelles finales expulsées plus qu'aspirées, comme un appel d'air migrant d'une rive à l'autre de ce fleuve large comme une mer
Ce parler ostentatoire.
Ce chant articulé.
À se demander qui des deux a imité l'autre.
Jaloux
J'avoue j'alloue aux loups une jalousie si jazzy que j'ouïe la nuit des poules et crie ahyouuuuupi.
Il tombe haut des lucioles
dimanche 21 mai 2017
Conseils spécifiques par pays (CSP)
Toujours à Cerami, il faut avoir vu le gracieux geste du pizzaiolo de l'unique pizzeria, qui d'un 8 infini transforme en un mouvement une boule de pâte en une galette, toujours du bon diamètre, pour s'assurer que ce n'est pas une légende de cinéma
Conseils aux voyageurs à pédales
Conseil No 1 : Si 2 routes s'offrent à toi, prends celle qu'on te déconseille, celle qu'on te dit rude, chaotique, sinueuse. C'est toujours celle où la rencontre, l'accident, le fortuit est possible. Et même si rien n'arrive, ce sera au moins celle avec le moins de pétromobiles.
Conseil No 2 : Même dans ce qui te paraît être une campagne déserte, ne chipes pas un fruit par-dessus une clôture. Partout un oeil veille et la rumeur de ton chapardage arrivera plus vite que toi au prochain village. Et tout autant pour annoncer ta venue et te fêter, en tout lieu, en tout temps, sans savoir comment, la rumeur courra toujours plus vite que toi.
Conseil No 3 : N'hésites pas, dans n'importe quel village à laisser sans verrou ton attelage. Comme partout c'est en offrant sa confiance qu'on la reçoit.
Conseil No 4 : Prends ta place sur la route, elle n'appartient pas aux pétros. Et comme avec les chiens errants, si tu affiches ta crainte, elle risque de se voir justifiée.
Conseil No 5 : Si un habitant d'une région montagneuse, ou tout au moins vallonnée, te dit que la prochaine route est plate, ne le crois pas, surtout si tu devines qu'il ne l'a jamais empruntée autrement qu'en voiture. Non qu'il mente, il est sincère dans son référentiel où la platitude n'a pas la même valeur que pour un habitant des plaines. (Dont je fais partie)
samedi 20 mai 2017
Une bonne tranche de rigolade, s'il vous plaît
Ce matin dans l'épicerie j'ai pris 2 tranches de rire.
La première en cherchant à acheter de l'alcool dénaturé pour mon réchaud, l'autre en demandant parmi tous les fromages lequel était de brebis.
Toute la communication s'est déroulée à grands coups de mimes et d'onomatopées.
J'évite tant que tant d'utiliser google trad et c'est bien plus rigolo. Plus long aussi mais de quoi se presserait-on ?
On se demandait avec des amis avant de partir ce qui manque le plus à l'étranger. Pour certains c'est le fromage, d'autres le chocolat .....
Ce qui me manque le plus dans un voyage, surtout seul, c'est de rire.
Sous-rire, oui souvent. Passer du bon temps. Des moments agréables. Tous les jours.
Mais la bonne tranche de rigolade, celle qui te dérouille les zygomatiques et remonte derrière les oreilles, c'est denrée rare.
J'ai dit denrée ?
C'est tout autre. C'est de l'immatériel qui même disparu, reste gonflé dans les joues, dans le coeur et les poumons.
vendredi 19 mai 2017
5 mousquetaires
mardi 16 mai 2017
Ébarbez-les
Des orangers, des citronniers.
Quoi de plus ennivrant qu'au milieu d'une côte, le gosier desséché, ramasser sur le bas-côté le citron qui aura profité d'un chaos pour sauter du cageot.
Le couper aussitôt et s'en enduire le goulot.
Les propriétés privées et les défense d'entrer.
Le repli sur soi, la peur de l'autre, et leurs corollaires mobiles : les voitures à bon marché, individuelles et sous-chargées.
lundi 15 mai 2017
Étables balnéaires
A la lumière noire des flammes
Stephen dronval
Route Mistretta-Ceramì
Sur le bas-côté de cette montée à 15%, un panneau de signalisation me rappelle, arrogant, de ne pas dépasser les 30.
Et c'est heureux sinon, grisé par les 35 degrés, aurait pu me prendre l'idée de remonter sur mon vélo et d'enclencher le grand plateau !
Du coup, sagement, je reste à 4 km/h et 240 pulsations/minute.
Chaque tache d'ombre est prétexte à s'arrêter, chaque fontaine à s'abreuver. L'eau fraîche avec laquelle je m'arrose le crâne est déjà chaude en arrivant au cou.
C'est l'été sans le printemps.
La dolce vita
Bella ciao
I tutti va bene
dimanche 14 mai 2017
Mistretta
La voiture, ce progrès du XXe siècle, devenu cancer. Ses métastases se sont répandues partout. Le XXIe n'est pas sérieux, il n'a que 17 ans, il devra se défaire de cette tumeur s'il veut grandir et vivre centenaire.
La via e bruta !
Les personnes qui accueillent le voyageur avec enthousiasme sont toujours plus enclines à le guider vers ce qui fait leur fierté, ou ce qu'ils pensent être l'attendu. La démonstration de leur modernité ou les illustres antiquités. En demandant des détails sur la route qui mène à Nicosia, plus pour s'exercer aux 4/5 mots que je connais et espérer les étoffer, tous me disent que "la via e bruta" (la route est rude, chaotique) avec une moue désolée. Que je ferais mieux de descendre prendre la route de la côte, qu'elle est neuve, qu'il y a la mer, la cathédrale de Cefalù, et caetera. Ce qu'ils ignorent, c'est que c'est justement parce que la via e bruta qu'elle est agréable. Parce que les cassis imprécis font que peu de voitures s'y aventurent. Que pour le cycliste souvent cantonné aux bas-côtés et à ses ordures, ses graviers et ses limites imprécises, seule suffit une bande de voie damée de 3cm, même pas bitumée. Qu'aux voitures qui te frôlent l'épaule gauche, on préfère serpenter entre les trous sur toute la largeur de la route. Parce que sur ces routes les seules voitures qu'on rencontre sont celles qui soulagent le paysan, l'artisan de la corvée. De celles qui maintiennent la ruralité en vie. Et qui prennent la mesure du temps, hors de l'allure effrénée de celles si pressées de rattraper la mort.
Stephen dronval


