La maison classique en Albanie se construit ainsi :
Dès qu'on a réuni 3 sous, on en construit la structure, au moins celle du rez-de-chaussée. Des piliers de béton armé qui en dessinent les arêtes, une chape par étage. Et on laisse dépasser les treillis métalliques pour des possibles extensions.
Ensuite on peut laisser le chantier dans une latence qu'on croirait abandonné si ce vide abrité n'était occupé par quelques moissons à sécher ou des meules de chaumes de maïs et quelques poules, dindons, mulets.
Dès qu'on a réuni 3 sous de plus, on comble les vides entre les arêtes par des rangées de brique qui forment murs pour peu qu'elles arrivent jusqu'au plafond.
Arrive ensuite, avec 5/6 payes de plus, le temps des ouvertures. Portes, fenêtres, étage par étage qui peuvent être fermés sur plusieurs âges.
Quand un espace est fermé, alors on peut l'occuper. On y plante quelques baquets qui feront office de salle de bains, une cuisine et un lit.
Alors vient le temps des revêtements intérieurs. Ça aura pu coûter 10 années de sueur, mais là, faut que ça brille :
Escaliers, marches et contremarches, en marbre poli orange et noir. Rampes en laiton ou chrome.
Dalles de sol en marbre blanc d'un mètre de côté, qui reflètent comme un miroir.
Canapé en velours de 4 mètres garni de coussins moëlleux pour manger autour de la télé constamment allumée, que quelqu'un soit dans la maison ou pas.
Éventuellement on a pris soin de mettre un toit si jamais on est sûrs que la famille est complet, sinon la dernière dalle de laquelle dépasse les treillis et amorces de béton en fera bien office le temps que les enfants en aient à leur tour.
Et surtout, surtout, plantés sur les toits ou en suspension de lui, le rempart contre le mauvais oeil, dont j'ai oublié le nom.
Pour les traditionnels un épouvantail de 2 manches en croix, garnis de frusques qui font semblant d'être un tronc à quatre membres au sommet duquel on a garni une boule de chiffons d'un nez et surtout 2 yeux qui disent : quelqu'un est là et vous surveille.
Les plus contemporains sont une peluche de Winnie l'ourson, Dora l'exploratrice ou peu importe qui d'autres, du moment que ça ait une vague forme humaine et surtout 2 yeux.
Les Italiens ont remplacé ce folklore par des caméras de surveillance qui sont de la même supercherie puisque vraisemblablement personne ne passe sa journée et encore moins ses nuits à en regarder l'écran.
À croire que les regards bienveillants de leurs saintes icônes partout présentes ne leur suffisent plus.
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