vendredi 2 juin 2017

Albanie 1


Les jeunes me regardent de travers, ils ne comprennent pas ce que je viens faire ici, eux qui de leur sous-marin, se croient minuscules et ne voient de leur périscope télévisuel que l'Europe majuscule qu'ils rêvent d'atteindre. Si je suis là, c'est donc, pour une obscure raison dans ce pays qui sent la mafia prospère et la corruption.
Les poignées de mains, rares, sont des 2 dernières phalanges effleurées du bout du pouce, hâtives et presque forcées. Tandis qu'en Italie, spécialement en Sicile, la poigne est franche, de toute la paume longtemps serrée et soutenue par l'autre main qui vient tâter l'avant-bras, le biceps voire l'épaule. Les vieux ont le regard plus doux, bien qu'au moins un oeil sur deux soit pourri (trachome ?)
Je pousse souvent mon vélo, non que la pente soit dure, c'est juste que ces routes que les cartes albanaises (tout comme google maps) disent carrossables, ressemblent plus à un lit de torrent saupoudré de poussière. Y pédaler me ruine les bras, les fesses et tout l'accastillage de ma monture. Par carrossable, s'entend suffisamment large pour y faire passer plus qu'un âne, ça ne tient pas compte du revêtement. Le cartographe qui en a relevé les reliefs devait être celui de l'empire Ottoman, les routes ont l'air de dater de cette époque, et n'ont depuis jamais été entretenues. 
Depuis 2km je joue à chat avec un paysan qui ramène sa vache à la maison. Car ici l'agriculture est encore tout ce qu'il y a de vivrière, les troupeaux se comptent sur les doigts d'une seule main à laquelle on en aurait amputé 2. Les récoltes et labours se font, hors quelques exceptions à la main, pliés en angle aigu au niveau des reins. Ce que je pensais être le sillon d'un vélo qui m'aurait précédé s'est révélé être celui de la corde de sa vache qui n'est prise en main que pour relancer l'animal qui sinon connaît la route par coeur. Il me dépasse dans les montées, je le dépasse dans les descentes. Nous n'échangeons que quelques signes de main et expressions de visage, n'ayant trouvé de langage commun. Presque à chacun de ses dépassements il sort son déjà antique téléphone mobile qui jamais ne sonne et hurle 2/3 mots dedans avant de raccrocher. Des mots sans écho juste pour me donner l'illusion d'une modernité, ou pour s'épargner la corvée de me parler, car j'ai vite fait de constater avec le mien qu'il n'y a pas de réseau. 
Des ponts de quelques madriers bouffés en équilibre précaire sur quelques IPN rouillés, il en reste toujours un bon tiers suffisant pour y jouer les funambules. Les quelques voitures et engins qui passent par là préfèrent le gué, un peu amont ou un peu aval. 

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