vendredi 2 juin 2017

Albanie 5


En Albanie tout est à voir, excepté ce qu'on te montre. 
Si on te pointe quelque chose du doigt, regarde ce que cache l'autre main. 
Ils n'ont comme fierté que les vestiges d'un passé plus ou moins glorieux ou l'illusion d'un avenir à la modernité déjà dépassé. Alors que leur présent est magnifique, que ce qu'ils n'osent montrer est justement ce que je viens chercher. 
La richesse s'exhibe, ici elle est particulièrement ostentatoire. J'en suis une des attractions. Je suis l'exotisme qu'ils s'empressent d'inviter tant pour leur distraction que pour m'exhiber comme une richesse de plus aux voisins qu'ils invitent. 
La misère n'a d'autre choix que de se montrer. Pour subsister. Elle se trouve à la périphérie des villes. Pour en débarrasser les poubelles des canettes d'aluminium ou de bouteilles plastique qu'elle rassemble en gros ballots qu'elle va troquer contre quelques piécettes chez un moins miséreux à l'autre bout de la ville. La misère est dangereuse, parce que leurs estomacs toujours creux font de moi un repas, ou mon bagage au moins. Parce que je suis plus accessible que les forteresses dorées qui les oppressent. Parce qu'ils vendraient leurs dents, s'il leur en restait contre quelque chose à fourrer entre. 
Mais la pauvreté ordinaire, celle qui a le suffisant et à qui ne manque que le superflu, qui parfois le désire, mais souvent se résigne et se contente de considérer son voisin ou l'étranger comme un ami qu'aucun ne gagnerait à détrousser. Celle-là ne se montre pas et il faut s'écarter des gros axes pour les rencontrer, passer derrière les cours d'immeubles ou oser aller à l'ombre des cafés sans enseigne peu aguichant pour en trouver toute l'humanité. 

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