Sur ces plateaux d'Anatolie centrale, l'ombre est rare.
Et en juin, pas question de compter sur le ciel comme salut, pas un nuage pour égayer ce bleu immaculé.
Qui dit ombre, dit arbre, et il en est bien peu pour amener quelque verticalité dans ces horizons courbes de blés qui font vibrer l'air au-dessus d'eux.
Je quête les bosquets, de peupliers ou saules, chacun avec son inconvénient.
Le peuplier est si fusiforme qu'il a peine à retenir ce soleil vertical.
Le saule est plus étoffé mais sous la chaleur transpire autant que moi, d'une sève poisseuse.
Qui dit arbre, dit eau, qui rajoute un peu de fraîcheur, et qui dit eau, dit troupeaux.
Et cette ombre précieuse, aux heures les plus chaudes de la journée, c'est-à-dire de 7h à 23h, qu'on réduit de 13h à 17h, histoire de pouvoir faire quelque chose, il faut souvent la partager.
L'âne est, encore une fois le plus commode de tous, même s'il est tellement malicieux que quand le sommeil arrive, il a tôt fait de te mordiller l'orteil ou t'ôter ton chapeau.
Les vaches, passent encore, un peu farouches au début, elles s'enhardissent de ton silence et viennent te souffler de leur gros mufle une énorme bouffée d'air chaud et humide pour t'humer dans un grondement guttural, allant parfois jusqu'à oser la léchouille.
Les oies nécessitent un peu de diplomatie auprès du jars si elles sont déjà sur place, si tu es le premier, c'est elles qui arrivent à petits pas. Tout comme pour les dindons, un peu bruyants, on doit se faire à leur fientage sans retenue.
Mais le plus désagréable, le seul qui peut me faire changer d'ombrage, c'est le troupeau de mouton. L'odeur de suif, c'est tenace. Et encore quand ils viennent d'être tondus, le suif frais passe à peu près, mais quand ils trainent 8 mois de suint, l'odeur m'écœure.
Et les troupeaux ne sont pas le pire, ce sont leurs compagnes, les mouches.
Je défie quiconque d'arriver à faire une sieste, avec ne serait-ce qu'une seule mouche, dont les refuges favoris sont les narines et les oreilles et qui a comme sournois plaisir ultime celui de venir te suçoter le coin de l'œil.
Je suis plutôt évolutionniste que créationniste, mais la mouche arriverait à me faire douter. De quelle dégénérescence du vivant peut-elle être l'évolution ?
La mouche a été créée pour importuner l'humain, j'en veux pour preuve que de toutes celles qui volettent autour d'un troupeau, les plus nombreuses sont autour du berger.
J'aimerais un jour avoir ce qu'il faut de pugnacité, de sérénité, de placidité ( je ne sais pas ce qu'il faut tant j'en suis loin) pour arriver à sommeiller en accueillant une mouche dans ma narine.
De mon vivant.
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