Depuis mes premiers coups de pédale en Sicile mon pédalier grince. J'ai demandé à 2/3 vendeurs de vélo croisés sur la route s'ils pouvaient me le resserrer. A chaque fois la même moue fatiguée accompagnait la même réponse : pas les outils.
À l'arrivée dans cette banlieue non balnéaire de Messine, au delà des bidonvilles qui ceinturent la cité, un bouiboui devant lequel 5 gaillards rigolent. Un improbable imbroglio de carcasses rouillées de vélo et vespa mêlés tient lieu de vitrine.
Je m'arrête.
L'un d'eux vient vers moi. Un colosse de 2 douzaines d'années sans amincissement au niveau des poignets, sa mâchoire plus large que ses tempes lui permettait de tendre un sourire long comme un hamac. Au premier coup d'oeil je savais pouvoir m'y reposer.
2 gestes de la main et une onomatopée ont suffit à ce qu'il me fasse signe d'attendre.
Il me laisse 3 minutes en compagnie des 4 autres à essayer d'alimenter une faible conversation à base d'où je viens, où je vais et que la Sicile est belle.
À son retour j'ai d'abord cru dans la taille de ses mains qu'il tenait des jouets. En appuyant un peu le regard j'ai vu qu'il avait bien compris mon souci.
Cric crac sur le bord du trottoir tout en continuant à parler exagérément fort comme tout bon sicilien. Ça lui a pris environ 52 secondes pour démonter la manivelle, resserrer le pédalier et remonter la manivelle.
J'ai envie d'hurler "Spremutto" je ne sais pas si ça veut dire quoi que ce soit, c'est juste pour exprimer ma joie avec quelque chose qui sonne vaguement italien. Avec une consonnance de suprême.
On a échangé un trop bref quart d'heure où j'enchaînais les "capito", "no capito"
Et il s'est payé d'une poignée de main et d'un franc sourire.
Je suppose qu'avec ces 5 mousquetaires j'aurais découvert une autre Sicile, celle des humains, pas les clônes au sourire berlusconien. Mais je n'en sais rien, je suis parti, avec rien que mon imaginaire pour arroser mes certitudes. Mais sans le grincement qui rythmait ma route.
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