CSP 1 : Sicile
La via dei quanto mille, de Randazzo à Linguaglossa, longe les flancs de l'Etna en suivant la ligne de niveau des 1000m. On y serpente entre les coulées de basalte de 2002, refroidies mais pas encore végétalisées. Gare aux serpents. De nombreuses aspics profitent de la zone, et j'ai vu traverser devant moi un, encore inconnu, reptile d'environ 1m50, noir, mais noir, intégral et profond, couleur de lave.
La route qui va de Mistretta à Troina, la SS117 (strada statale 117), Ô SS 117, pour autant qu'elle soit raide et "bruta" réserve à chaque village un accueil fantastique au voyageur qui s'est aventuré jusque là. Chaque village, plus encore qu'ailleurs a sa procession où défilent dans l'ordre des bigotes le cierge à la main qui chantent en chœur un "Ave, ave, ave Maria" précédées par une porteuse de vieil haut-parleur Bouyer, de ceux qui crachent dans les foires ce son singulier dont manquent les aigües et les basses. Suivent dans l'ordre, les enfants de messe hésitants qui se retournent sans cesse et tendent leurs bannières d'icônes pieuses rouges et dorées. Les curés dans leurs soutanes blanches qui inclinent la tête à droite et à gauche comme les chiots en plastique sur les plages arrières des voitures. Et enfin les carabinieri qui clôturent la marche et permettent à la circulation automobile, interrompue placidement sans klaxons, de reprendre son flot incessant. Rien que pour cette mystique interruption de trafic, je salue ces processions.
Il faut arriver à Cerami ( toujours sur cette SS117) un dimanche de mai autour de la san Michele. Pas encore posé pied à terre que tous les bambini du village te fêtent et t'assaillent de questions. Le samedi et dimanche qui précèdent (la san Michele) défilent TOUTE LA JOURNÉE les jeunes garçons le long du "passageo" qui ombre sur environ 500 mètres un trottoir pavé. Il le descendent et le remontent en continu 2 jours durant de 6h du matin à 20h le soir, ne s'accordant (et à moi aussi) que de rares pauses. Ils tambourinent sans aucune mélodie sur leurs instruments tandis que d'autres un peu plus âgés récoltent l'argent qui servira à payer la fête du weekend suivant. Fête qui voit défiler les jeunes filles à marier. Dans leurs robes rouge carmin sur jupon de dentelles blanches, le chignon impeccablement tiré à 4 épingles, elles dansottent, maladroites, en accord avec la dissonance harmonique des tambours. Elles tirent d'une main leurs jupons pour dévoiler une cheville puis l'autre, camouflées d'un bas noir opaque, et de l'autre leur smartphone qui, via tinder ou facebook, leur assurera plus sûrement la promesse d'un mariage lointain. Durant les premières heures de mon arrivée, 2 jeunes filles me disputaient âprement leur attention à grands renforts de bredouillages d'anglais scolaire. Malgré leurs 15 ans, c'est toujours flatteur de se savoir être un possible bon parti.
Toujours à Cerami, il faut avoir vu le gracieux geste du pizzaiolo de l'unique pizzeria, qui d'un 8 infini transforme en un mouvement une boule de pâte en une galette, toujours du bon diamètre, pour s'assurer que ce n'est pas une légende de cinéma
Toujours à Cerami, il faut avoir vu le gracieux geste du pizzaiolo de l'unique pizzeria, qui d'un 8 infini transforme en un mouvement une boule de pâte en une galette, toujours du bon diamètre, pour s'assurer que ce n'est pas une légende de cinéma
Il faut voir le soleil couchant se refléter sur les flancs de l'Etna tandis qu'à son pied on est déjà dans la nuit, pour se rendre compte de sa majesté.
Il vaut mieux éviter les marinas et lidos de la côte qui enchaînent comme les graines d'un chapelet les gelateria artigliane (substitut du marketing publicitaire pour ne pas dire "industrielles"), les pasticceria, les rosticceria, les fumicceria, les camions de frutta pas mûrs et surtout les sourires berlusconiens, retombés aussi vite que dressés, des clônes qui les tiennent.
Sauf peut-être à aller de Cefalù à Santo Stefano di Camastra pour profiter de ce ruban quasi sans voiture et ses douces ondulations qui serpentent le long d'un littoral sans plage.
Il faut voir Palermo et Messina. Deux villes-ports qui sentent le mazout, la pauvreté des denrées et donc la richesse des humanités. Il faut voir dérouler sur leurs flancs abîmés les barcasses colorées, les " HEY, CIAO, DOVE VAI ?" du côté côtier et voir s'allumer les étoiles de leurs montagnes la nuit. Il faut sentir leur chaleur embrumer la Méditerranée, l'odeur de sardines qui rappelle que sous la chape, la mer est bien là. Ça mériterait même de les vivre plus que de les traverser...... une autre fois peut-être ?
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